Tous les articles par Charlotte A.

Née au siècle dernier entre Capricorne et Cancer, le fait de ne pas entrer dans les cadres me conduit à voyager, m'adapter, muter, réinventer les espaces et les temporalités de nos sociétés, à travers une pratique vitale de l'écriture, un besoin irrépréhensible d'agir, mais aussi explorer, expérimenter, questionner, comprendre, apprendre, transmettre.

Que faisons-nous contre ces impérialismes qui reprennent force et vigueur ?

Si l’enlèvement du Président de la République Bolivarienne du Vénézuela par les forces armées des États-Unis d’Amérique sur ordre de son Président le 3 janvier 2026, suivi des menaces proférées par ce dernier d’envahir ou d’acheter le Groënland (territoire et peuple lui-même sous domination du Danemark), ainsi que plusieurs autres pays des continents Américains, comme la Colombie, ou Cuba… si ces derniers événements de l’actualité politique internationale qui relèvent explicitement d’actes impérialistes/coloniaux font grand bruit dans les médias et sur les réseaux sociaux, serait-ce, parce que la forme, les procédés, les propos tenus par leur auteur, choquent par leur brutalité et leur irrespect des conventions diplomatiques ? ou bien est-ce que nous désapprouvons profondément le fond, les intentions, la finalité d’une telle démarche ?

États-Unis-Venezuela : la capture sidérante de Maduro – Cam de la Fu (Venezuela)
Source : https://www.cartooningforpeace.org/)

Quelques définitions :

Le colonialisme et l’impérialisme sont deux mots pour un même phénomène : la politique et stratégie de domination d’un pays ou de plusieurs pays par un autre, que ce soit par des moyens militaires, culturels et/ou économiques.

Ce qui est nommé et considéré comme « les civilisations » ont presque toutes eu à un moment ou à un autre de leur histoire des velléités d’expansion territoriale, reposant sur l’extractivisme à outrance des ressources et l’exploitation de moyens de production et de forces de travail humaines non rétribués, ou peu rétribué, à savoir l’esclavagisme.

Colonialisme : doctrine visant à légitimer l’occupation, la domination politique et l’exploitation économique de territoires par certains États. (Source : Le Robert) Synonyme : impérialisme.

Impérialisme : politique d’un État visant à réduire d’autres États sous sa dépendance politique et/ou économique. (Source : Le Robert)

Si le colonialisme est toujours lié à une conquête territoriale, l’impérialisme ne l’est pas forcément, mais peut consister en une domination culturelle, économique et/ou politique par exemple. Des puissances européennes comme la France et l’Angleterre ont été de puissants empires coloniaux.

Histoires impérialistes : l’éternel cycle de l’Humanité

L’histoire de l’humanité telle qu’elle nous est enseignée en France, en Europe, en « occident », dans le camp des « puissants » et des « dominants », est essentiellement constituée du récit de ces conquêtes territoriales, des invasions qui en découlent lorsque les conquêtes ne sont pas à notre bénéfice, du récit des vies de ces grands hommes qui ont mené ces guerres tout en nous gouvernant, nous le peuple, qui les ont gagnées ou perdues, et des sacrifices payés par le peuple pour satisfaire la soif de domination et de pouvoir de cette classe d’hommes qui écrivent l’histoire avec un grand H, parce qu’ils la dominent. À noter que les gens du peuple, qui payent le prix de ces guerres, sont évoqués par leur nombre, jamais par leurs actes héroïques, ni par leurs noms. Ils sont disparaissent dans le nombre des victimes, fondus dans la masse.

Même si nous pouvons compter quelques rares femmes parmi ceux qui mènent ces politiques impérialistes (comme Margaret Thatcher pour ne citer qu’elle), reconnaissons qu’elle sont la plupart du temps exclues de cette classe dominante, ou alors instrumentalisées au service de ces causes, et que rares sont les cas faits de celles et ceux qui constituent la masse spoliée, dominée, exploitée, qui comptent des hommes, des femmes, des enfants, pauvres, n’ayant pas le choix, mobilisés et enrôlés sous la contrainte (économique, idéologique). Rares sont les fois où l’histoire officielle fait cas de ceux qui souvent résistent pour conquérir eux, non pas plus de terres et de richesses, mais juste un peu de liberté et d’égalité.

Et ce sans compter la majorité des gens, qui n’étant pas touchés de près ou concernés par ces actes colonialistes et impérialistes, soit n’en sont pas informés (ou sont désinformés par une habile propagande), soit ne s’y intéressent pas, ne serait-ce que parce qu’ils ont d’autres priorités à gérer dans l’urgence liée à leurs propres conditions fragiles d’existence et de subsistance.

Bref, les États-Unis d’Amérique de sont pas le seul pays à avoir une volonté hégémonique sur le reste du monde. Loin de là. L’histoire de l’humanité est jalonnée d’exploits impérialistes et colonialistes.

Ces quelques cartes d’empires à leurs apogées en sont le témoin (liste non exhaustive, incluant les empires Romain, Saint-Romain Germanique, Ottoman, Arabo-musulmans, Mandingue ou Bambara, Russe, Chinois, Prusse, Aztèque, Maya, etc…) :

Par exemple, le schisme de 1054, entérine la séparation territoriale et linguistique entre l’Église de Rome d’Occident et l’Église de Constantinople d’Orient. Il est question alors de pacifier les relations entre de Pape de Rome qui veut imposer le rite latin (catholique) et le patriarche de Constantinople qui impose la pratique du rite grec (orthodoxe). Pourtant ce schisme correspond peu ou proue aux Empires Carolingien et Byzantin qui se partagent tout l’Ouest de l’Eurasie à l’époque, et à la séparation des empires Romain d’Orient et Romain d’Occident depuis 365 :

Entre le IVème et le XIème siècle, les empires qui se constituent de part et d’autres conduisent à la séparation progressive entre ce qui correspond aujourd’hui à ce qu’on appelle « occident » de ce que l’on appelle le « moyen orient », au point de faire de la plaque continentale Eurasiatique, deux continents distincts : l’Europe et l’Asie ; ce qui constitue, si nous y réfléchissons bien, une simple construction culturelle, et en aucun cas un état de fait géographique ou géologique.

Quand les colons se partagent le gâteau

Après la « conquista » espagnole sur le continent américain (pour rappel, le canal du Panama qui sépare le Nord du Sud est une construction humaine), les royaumes d’Espagne et du Portugal se sont littéralement partagés ce qu’ils appelaient « le nouveau monde » par le traité de Tordilla signé en 1494 (pour rappel, Christophe Colomb a mis la première fois le pied en aux « Indes d’Amérique » en 1492 : ils n’ont pas perdu de temps !) :

Ce n’est que le premier acte d’un accord entre empires coloniaux pour se partager le gâteau. Par la suite, la course impérialiste à la conquête des territoires sur tous les continents, entre pays européens, va se renforcer et s’étendre sur toute la planète au bénéfice de la Révolution industrielle. L’impérialisme est corrélé au capitalisme libéral et prédateur. Grands industriels et grandes nations travaillent de concert pour s’approprier les richesses du monde.

Ci-dessous les grands empires coloniaux du XVème au XVIIème siècle, puis en 1914 et en 1945 :

Evolution des formes du colonialisme

Au XIXème siècle, un discours anti-colonialiste, celui de Monroe, président des États-Unis d’Amérique, va paradoxalement justifier des actes impérialistes états-uniens au siècle suivant.

En effet, le 2 décembre 1823, lors de son septième message annuel au Congrès des États-Unis, le président américain, James Monroe, a prononcé quelques phrases plus particulièrement destinées aux puissances européennes : « les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation », « toute intervention européenne dans les affaires des Amériques sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix », et « les États-Unis, en contrepartie, n’interviendront pas dans les affaires européennes ».

En fait, la doctrine Monre est utilisée par les gouvernants des États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace, surtout l’URSS pendant la guerre froide mais aussi, la Chine actuellement.

Les États-Unis d’Amérique ont ainsi prétexté « devoir » intervenir de nombreuses fois dans de nombreux pays du monde et très souvent en Amérique Latine, pour lutter contre la volonté d’hégémonie idéologique et économique du bloc communiste et pour défendre des politiques libérales à leur avantage, sous couvert de préserver la liberté dans ces pays. Souvent à l’origine, il n’y a pas anguille sous roche, mais pétrole ou autre minerais convoité sous ces airs de « gentils gendarmes du monde »…

Le colonialisme s’est donc travesti peu à peu sous la forme de discours pour la défense des libertés fondamentales des peuples et surtout, la liberté de consommer des produits états-uniens, et de laisser des industriels états-uniens exploiter les ressources de leurs territoires : une forme d’impérialisme économique et culturel bien plus pernicieux que le colonialisme décomplexé du XIXème siècle.

Il faut dire qu’au XIXème siècle, le colonialisme est encore bien vu : les Nations puissantes et dominantes apportent la « civilisation » aux peuples « primitifs » de contrées éloignées (progrès techniques, infrastructures routières, hospitalières, éducatives, appareils administratifs, juridiques, législatif, politique, organisation policière et militaire, etc.). En échange, elles s’accaparent les territoires, les ressources et les peuples qui y vivent.

États-Unis-Venezuela : la capture sidérante de Maduro – Cam de la Fu (Venezuela)
Source : https://www.cartooningforpeace.org/

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, pourtant, un discours domine, qui veut que toute forme de colonialisme et d’impérialisme explicite soit illégitime, illégal, irrecevable. Ça n’est plus « bien vu » d’envahir, d’accaparer des territoires, de mettre sous gouvernance politique et/ou économique des peuples et leurs territoires.

Seuls l’exploitation humaine et l’extractivisme des ressources par des voies commerciales passe sous les radars de la bien pensance du droit international, sous prétexte d’accords bilatéraux qui bénéficieraient à toutes les parties, ou juste sous prétexte du libre échange…

Les règles anti-impérialistes du droit international

Dans le cas de l’opération américaine du 3 janvier 2026 au Venezuela, ayant pour objectif « l’arrestation » du président Nicolás Maduro, est constitutive de plusieurs violations flagrantes du droit international, qui font suite à une série de menaces de recourir à la force contre ce même pays, menaces elles aussi illicites au regard de la Charte des Nations Unies.

Quatre règles au moins ont été bafouées d’après Raphaël Maurel, Maître de conférences HDR en droit public à l’Université de Bourgogne et membre de l’Institut universitaire de France :

  • l’obligation de régler tout différend international par des moyens pacifiques (article 2§3 de la Charte des Nations Unies) ;
  • l’interdiction de porter atteinte à l’intégrité territoriale (principe de non-intervention) et à l’indépendance politique (principe de non-ingérence) d’un État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
  • l’interdiction de recourir à la force contre un autre État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
  • les immunités reconnues par le droit international coutumier à tout chef d’État : celles-ci sont garanties même en cas de contestation interne comme externe de la légitimité du chef d’État ; celui-ci ne peut, en aucun cas, être l’objet d’une arrestation et d’un jugement devant une juridiction étrangère au cours de l’exercice de son mandat, et ce « pour toute infraction qu’il aurait pu commettre, quelle qu’en soit la gravité ». [source]

Les arguments juridiques pour justifier une telle intervention et ingérence dans les affaires d’un pays étranger ne tiennent pas la route. Je ne les développerai pas ici : ce n’est pas mon sujet aujourd’hui. Si cela vous intéresse, je vous invite à lire l’intégralité de l’article sur le site internet source :

LIRE L’ARTICLE : Opération américaine au Vénézuéla : que dit le droit international ? sur Le Club des Juristes, l’actualité sous le prisme du droit.

Un impérialisme peut en cacher un autre…

Mais les États-Unis d’Amérique ne sont pas la seule nation au XXème siècle à avoir mené une politique impérialiste et interventionniste sous couvert de défense de la liberté des peuples… et dans le but final de mieux exploiter leurs ressources.

La France entretient des rapports de domination économiques forts avec les pays qui constituaient son empire colonial et qui ont été aujourd’hui officiellement émancipés, leurs peuples gagnant ainsi une très fragile souveraineté.

Depuis 2022, plusieurs anciennes colonies françaises en Afrique ont dénoncé les accords de défense avec la France, entraînant le retrait d’une grande partie des forces armées françaises du continent africain, présentes depuis 1960. En l’espace de seulement deux ans, ces forces armées ont été contraintes de quitter le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, et ont perdu des alliés aussi solides que la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Le président de la République française, François Mitterrand (de 1981 à 1995), aux côté président du Burkina-Faso (ex-colonie française jusqu’à 1960 et ex-République de Haute-Volta jusqu’à 1984), Thomas Sankara (de 1983 à 1987).

Ces accords étaient souvent assortis de clauses secrètes qui ont permis à la France d’intervenir militairement : pour secourir des régimes afin d’asseoir la légitimité de pouvoirs politiques favorables à ses intérêts, lutter contre le djihadisme – notamment au Sahel dans le cadre des opérations SERVAL (2013-2014) et BARKHANE (2014-2022) – ou mettre un terme à des guerres civiles.

Le départ des troupes françaises du continent africain signe la fin d’un monde : celui des interventions au Tchad, au Togo, au Gabon, au Rwanda, à Djibouti, au Zaïre, en Somalie, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Libye et au Cameroun. Il marque aussi la fin de la « Françafrique ».

Et pendant que l’impérialisme français se fait chasser d’Afrique, c’est l’influence russe qui grandit avec ses milices de mercenaires Wagner, et l’influence chinoise qui s’étend avec ses investissements commerciaux massifs.

Chine, état critique : au centre de la mondialisation, par Philippe Rekacewicz, rubrique carte « manière de voir » in Le Monde Diplomatique n°123, juin-juillet 2012

Sommes-nous vraiment sortis de la guerre froide entre le bloc impérialiste états-unien, dit le bloc de l’Ouest et celui de l’Est, incarné aujourd’hui par la puissance économique de la République Populaire de Chine, un des derniers régimes communistes ayant survécu du bloc soviétique à la fin du rideau de fer et à dissolution de l’URSS ?

Peuple qui ne dit mot consent ?

Et nous ? Qu’en disons-nous, nous peuple français, citoyens français constitués de mille et unes facettes culturelles réunies sur ce territoire en partie par cette histoire coloniale et impériale ?

Comment pouvons-nous garder le silence aujourd’hui quand des industriels français comme Bolloré, Castel ou d’autres utilisent leur pouvoir économique pour mieux exploiter les ressources humaines et minières des ex-colonies françaises dans le monde et particulièrement sur le continent africain ?

Que n’avons-nous pas plus soutenu les peuples des territoires des ex-colonies de l’Empire français ? Pourquoi ne les soutenons-nous pas plus aujourd’hui ?

Pourquoi nous est-il plus facile de nous mobiliser contre l’impérialisme états-unien au Vénézuela, ou contre le colonialisme du gouvernement israélien à Gaza et en Cisjordanie, que contre l’impérialisme ou le néo-colonialisme français, aux Antilles, à Mayotte, en Kanaky…?

Pourquoi ne sommes-nous pas plus solidaires des peuples ciblés par les velléités colonialistes et impérialistes des nations riches et puissantes auxquelles nous appartenons ? Pourquoi ne nous sentons-nous pas plus concernés ?

Aujourd’hui ce sont eux. Demain ce sera nous. La roue tourne. Les nations puissantes et décadentes d’aujourd’hui sont en train de se laisser conquérir progressivement par les nations émergentes qui jouent le jeu des rapports de force économiques et politiques.

Aujourd’hui ce sont eux, à l’échelle internationale des rapports de domination entre nations. A une autre échelle, celle de la politique intérieure, c’est déjà nous. Nous sommes nous, le peuple, déjà dans la plupart des cas les perdants de ce jeu des rapports de domination entre classes plus riches et moins riches. Nous sommes déjà les travailleurs exploités de cette mécanique capitaliste libérale qui broie les individu pour s’enrichir plus et asseoir son pouvoir par la force économique.

N’avons nous pas un devoir d’indignation et de résistance à ces rapports de domination quels qu’ils soient à toutes les échelles ?

« By any means necessary »

Si la fin ne justifie pas les moyens, pour autant n’y a-t-il pas des buts et des causes qui méritent que soient mobilisés tous les moyens nécessaires pour y parvenir ?

Quand en 1960 dans son discours d’Accra au Ghana dans le cadre de la Positive Action Campaign, Frantz Fanon appelle à la :

« … résistance noire par tous les moyens nécessaires »

Il parle de boycott, de désobéissance civile, d’éducation populaire.

Les bons moyens ?

La formulation fait peut-être référence au dialogue entre Hugo et Hoederer dans le 5ème tableau de la pièce de Jean-Paul Sartre, sortie en 1948, Les Mains Sales :

HUGO. – Tous les moyens ne sont pas bons.
HOEDERER. – Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.

Des moyens efficaces pour parvenir à ses fins

Sauf qu’alors les deux personnages discutent de la nécessité de mentir à leurs camarades au sein du “Parti” si cela doit servir la fin, l’idéal poursuivi, la lutte menée. Hoederer qui a plus d’expérience défend l’idée qu’ils ont toujours menti, tandis que Hugo, novice et sans doute plus idéaliste que pragmatique (au sens Machiavélique) interroge ces moyens:

HUGO. – […] À quoi sert de lutter pour la libération des hommes, si on les méprise assez pour leur bourrer le crâne ?

Tous les moyens !

C’est Malcolm X qui reprend à son compte cette idée dans son discours du 28 juin 1964 à Manhattan, New York :

« Voilà notre devise. Nous voulons la liberté par tous les moyens nécessaires. Nous voulons la justice par tous les moyens nécessaires. Nous voulons l’égalité par tous les moyens nécessaires. »

Discours qui fait suite à celui du 3 avril 1964 à Cleveland dans l’Ohio : le vote ou le fusil” !

Pour rappel, le président JFK, favorable au droits des afro-états-uniens est assassiné en 1963, le Civil Right Act n’est adopté et signé par le président Johnson qu’en juillet 1964 et le Voting Right Act qu’en août 1965.

Quels moyens ? Quelles fins ?

Quand on sait que la lutte pour l’égalité des droits civiques aux États-Unis d’Amerique a été menée par des moyens essentiellement pacifiques, et que ces derniers ont été violemment réprimés par les forces de l’ordre…

Qu’est-ce qui a réellement joué de manière déterminante dans le fait que les militant•es des droits civiques parviennent à leurs fins ?

DOCUMENTS POUR APPROFONDIR :
EN LIEN AVEC L’ACTUALITÉ :

La journaliste Julia Pagé et le réalisateur Frédéric Lacelle sont allés à Philadelphie, aux États-Unis, pour rencontrer les membres d’un groupe qui se présente comme le Black Panther Party for Self-Defense. Armés d’AK-47, les membres du parti patrouillent dans leur voisinage pour défendre les citoyens contre la violence policière.

Le retour du mouvement des Black Panthers, qui avait vu le jour dans les années 1960, s’inscrit dans un climat de tensions accrues autour de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, dont les opérations ont été intensifiées depuis le retour de Donald Trump à la présidence. Cette montée en force de l’ICE a été marquée début janvier 2026 par la mort de Renee Nicole Good, une citoyenne américaine de 37 ans, tuée par un agent à Minneapolis. Cet événement a déclenché des manifestations et une vive émotion à l’échelle nationale, et relance les critiques contre les méthodes de l’agence, qui affirme avoir procédé à plus de 605 000 expulsions depuis janvier 2025.

* Deux jours après la publication de notre reportage, Paul Birdsong a publié une vidéo dans laquelle il explique qu’Aaron Dixon, un ancien membre des Black Panthers qui le mentorait et lui avait permis d’utiliser le nom « Black Panther Party for Self-Defense », a retiré son soutien au groupe. Ils ont donc décidé de se renommer « Black Lion Party for International Solidarity ». Toutefois, leur mission et leurs activités demeurent les mêmes.

La fin justifierait les moyens ?

Quelle légitimité et quelle pérénité conserve une victoire si elle est obtenue par des moyens contestables, voire contraires aux valeurs défendues ?

Le pasteur baptiste et militant non-violent états-unien pour le mouvement des droits civiques Martin Luther King, défend l’idée qu’au contraire, la fin ne justifie pas les moyens dans son ouvrage La Révolution Non Violente [« Why We Can’t Wait »], édition Signet Classics (1964).

La fin justifie les moyens

L’adage populaire est attribué à tort à Machiavel.

En effet c’est un raccourci de la question de philosophie politique que défend de manière plus complexe et contrastée l’auteur dans Le Prince (1532).

Machiavel explique que pour maintenir le pouvoir et garantir la stabilité de l’état, un dirigeant doit parfois prendre des décisions immorales ou brutales, quitte à mentir ou recourir à la violence.

Dans Le Prince (1532), il écrit :

« Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. »

Cynisme ou pragmatisme ?

L’idée et son contraire sont défendus par de nombreux philosophes, poètes, dramaturges, hommes politiques…

« En fonction de la noblesse de la cause et des civilisations, la faute commise peut être pardonnée. »

[cf. le site web Raven et Caramel]

La controverse

La question est :

Comment évaluer, selon les circonstances, que la fin justifie ou pas les moyens ?

Comment connaître les véritables intentions de celleux qui emploient tous les moyens pour parvenir à leurs fins ?

A SUIVRE :

« By Any Means Necessary »

Indien(ne) ? Indigène ?

« Nous ne sommes ni indiens, ni indigènes, car ce sont des mots “inventions” des Espagnols avec lesquels ils ont amalgamés des centaines de cultures qui existaient sur ce territoire bien avant eux. Nous ne sommes pas “zapotèques” parce que c’est un mot d’origine Nahuatl par lequel nous ont appelés nos alliés mexicains. Mais oui nous sommes Buin Zaa, le peuple des nuages, parce que c’est ainsi que nous nous appelons, parce que c’est ainsi que nous nous auto-dénommons. Mais jamais personne ne nous a écouté, jamais personne ne nous a consulté. »

Extrait du discours de Itayetzi Alexandra Chacón Pérez, à l’occasion du Certamen Diosa Centéotl 2023.

Amérindien(ne) ?

1) Adj. Relatif aux Indiens d’Amérique.
2) Subst. Indiens d’Amérique.

Mot inventé en langue française, qui n’existe dans aucune autre langue européenne…

Source : TLFi

Indien(ne) ?

Adjectif et substantif
B) Indigène d’Amérique.
Synon. Amérindien.

Tout ça parce que les européens ont cru “découvrir” les Indes quand ils ont débarqué en Amérique…

Source : TLFi

Indigène ?

Adjectif
Qui est originaire du pays où il se trouve, […] où il habite.
Anton. exotique.
Emploi subst. Personne native du pays où elle vit et où ses ascendants ont vécu depuis une époque reculée.

Source : TLFi

Vie et voyages de Christophe Colomb (1852) Honeurs attribués à la Reine Anacaona

Natif(ve) ?

Adjectif
[En parlant d’une pers.]
Natif (de) + compl. de lieu.
Qui est originaire de tel endroit (lieu de résidence de la famille pendant un certain temps).
— Emploi subst.
Synon. indigène, naturel.

Source : TLFi

Naturel(le) ?

Adjectif et substantif
Subst. masc. ou fém., vieilli. Personne qui est originaire du pays, de la région dont il est question.
Synon. aborigène, autochtone, indigène, natif.

Source : TLFi

Aborigène ?

— Emploi adj. [En parlant de pers. ou de plantes] […]
— Emploi subst. [Généralement au plur.] Les aborigènes. Habitants originaires du pays où ils vivent.

Source : TLFi

Autochtone ?

Adjectif et substantif
[En parlant d’une pers.] Originaire du lieu où il habite et que ses ancêtres ont également habité.
— Emploi subst. :
Personne née dans le pays même où elle habite, dont les ancêtres ont vécu dans le pays.

Source : TLFi

Local, locaux ?

Adjectif et substantif
1) Qui concerne un lieu, une région, lui est particulier. […]
— Employé comme substantif pluriel
Les locaux : les habitants du lieu.

Source : Le Robert

Comment dénommer l’autre, sans la connotation péjorative d’un rapport de domination ?

De ces huit mots, lequel utilisez-vous ?
Dites-le en commentaire !

Performance mémorielle | Sonjé

En introduction de la conférence-débat
“L’Heure de la Décolonisation »
organisée par le groupe de Bordeaux Bastide de LFI
vendredi 28 novembre 2025 à 19h30
à la Maison Cantonale.

L’intégralité de la conférence-débat « L’Heure de la décolonisation » à laquelle participaient Karfa Diallo (Mémoires et Partages), Jonathan Ruff (Tsedek), Wissam Xelka (PDH et QG Décolonial), et Danièle Obono (LFI), est disponible sur le canal YouTube de la France Insoumise Gironde.

Pas nous !

Nous sommes censés lutter contre les rapports de domination: les déconstruire, s’en affranchir, s’en émanciper, veiller à ne pas les reproduire. Ce postulat à gauche semble mettre tout le monde d’accord. Non ?

Nous, contre les -ismes !

C’est ce que nous faisons dans nos luttes féministes, pour la défense des plus précaires, des sans abris, des enfants, contre le classisme, contre la capitalisme, contre le néolibéralisme, contre l’exclusion,… contre le validisme, contre l’homophobie, contre la transphobie, contre le masculinisme, contre le racisme, contre l’islamophobie, contre l’antisémitisme, contre le colonialisme, contre l’impérialisme…

Nos luttes contre tout

La liste de nos engagements à gauche est longue et pourrait se résumer à une lutte contre toutes les formes d’exploitations de l’être humain par lui-même, élargie à l’exploitation humaine du vivant en général, et même l’extractivisme qu’il exerce sur la planète : tous phénomènes qui consistent en un rapport de domination.

Mais pas moi, pas nous 😇 !

Pas nous ? Vraiment ?

Et parce que nous sommes contre tous ces rapports de domination, parce que nous en sommes conscient•es et que nous alertons les autres sur ces sujets, nous n’en serions ni auteur•es, ni responsables ?

Cela nous dédouanerait de toute co-responsabilité, de toute implication, de tout conditionnement, de toute construction, même inconsciente ?

Comme si nous, parce que nous sommes militant•es et conscient•es de ces rapports de domination, nous nous en absolverions ???Vivement le paradis des militant•es de gauche alors !

Il se dit : « Les rapports de domination existent, mais moi… je suis féministe, je suis ouvrier, je suis prolétaire, je suis opprimé, je suis non-Blanc, je suis femme, j’ai grandi avec des femmes, mon père qui m’a élevé est féministe, je suis marxiste,… pas moi, pas nous ! »

Pas entre nous

Et puis : « Pas de ça entre nous. Nous, nous sommes du bon coté de la barricade, il n’y a pas de rapport de domination entre nous. Nous échangeons et militons ensemble en toute bienveillance. »

Dépolitiser ?

Et aussi : « Il n’y a pas de rapport de domination inconscient. »

Et enfin : « Analyser la lutte et les rapports militants par le prisme de la psychologie, c’est dépolitiser la lutte. L’analyse psychologisante est dépolitisante. »

« L’analyse psychologisante [serait] dépolitisante » ?

Eh bien je le dis haut et fort : « Même moi ! »

Moi qui suis femme, non-blanche, précaire, à l’intersection de plusieurs ensembles de population dites « dominées », je peux être « dominante » et exercer ce rapport de domination, souvent inconsciemment,…

… précisément parce que je suis consciente qu’ils existent, que je peux en être la cause : cela me conduit à y être hyper-vigilante.

Tout comme je suis suis hyper-sensible à ceux qui s’exercent sur moi, y compris dans mes activités militantes.

Même moi ! Même nous ! sans le vouloir…

Nul n’y échappe, pas même nous militant•es de gauche.

Nous pouvons, parce que nous y sommes sensibles et éveillés, réduire autant que faire se peut la teneur dominante de nos actions, de nos discours, de nos mots,…

… mais même avec toute la bienveillance et les meilleurs intentions du monde, nous pouvons, sans nous en apercevoir, exercer un rapport de domination envers l’autre, même en milieu militant, même dans un cadre de confiance et de camaraderie.

Re-politiser !

Et non, l’analyse psychologique des rapports de domination inconscients en milieu militant du point de vue des dynamiques collectives, ce n’est pas dépolitiser le débat, au contraire !

C’est permettre à chacun de s’engager individuellement et en profondeur dans ce processus d’émancipation collective que nous appelons toustes de nos vœux, de par les valeurs humanistes que nous partageons.

L’exigence révolutionnaire

C’est choisir d’avoir la même exigence vis-à-vis de soi-même que vis-à-vis de l’autre. C’est sortir de la posture du « donneur de leçon », moralisatrice.

C’est commencer par se changer soi-même, pour changer le monde.

C’est commencer la révolution de l’intérieur (de soi et du collectif militant), pour qu’elle puisse s’étendre à l’extérieur et au plus grand nombre.

Exemplarité et indulgence

C’est tendre vers une forme d’exemplarité tout en sachant qu’elle est difficile à atteindre à l’échelle d’une vie humaine. C’est se rappeler à chaque instant aussi que nous ne sommes pas parfaits, et que même nous, qui aspirons au meilleur de nous-même et de l’Humanité, nous ne sommes pas exempts du fonctionnement de nos conditionnements inconscients, nous ne sommes pas parfaits, nous pouvons commettre des erreurs.

« Errare humanum est, perseverare diabolicum »

Dominant.es et dominé.es, quel équilibre ?

Suivant les contextes et les personnes en présence desquels nous sommes, nous sommes toutes et tous tour à tour dominant ou dominé, oppresseur ou opprimé.

Y a-t-il un point intermédiaire ?
Une position neutre ?
Un équilibre possible qui permette notre émancipation collective ?

Et de tendre vers une Égalité la plus juste et parfaite possible ?

LIRE POUR APPROFONDIR :

  • Je suis la Mulâtresse Solitude, 2020, in Le Chat Radical (carnets en ligne),
  • KROPOTKINE, L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902).

Violence

La doxa, communément admise,
Agamemnon, alias Eschyle, a dit :

« La violence a coutume d’engendrer la violence. »

dixit Agamemnon dans la pièce du même nom de Eschyle, dramaturge grec [525-456 avant J.C.]

Le point de vue “bourgeois” :

« Je ne peux pas admettre la violence, même contre la violence. »

dixit Roger Martin du Gard, écrivain, dramaturge français [1881-1958]

Non-violence

Le chantre de la non-violence, Mahatma Gandhi [1869-1948] :

« La victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite,
car elle est momentanée. »

« La non-violence ne consiste pas à renoncer
à toute lutte réelle contre le mal.
C’est au contraire, contre le mal, une lutte plus active
et plus réelle que la loi du talion. »

Paradoxe

Pourtant, la violence, n’est-elle pas, parfois, le seul recours de celles et ceux qui sont opprimé.es par la violence “sourde” et silencieuse des institutions “bourgeoises” ?

Violence première, comme système

Frantz Fanon [1925-1961], psychiatre martiniquais, analyse :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser,
n’est pas un corps doué de raison.
Il est la violence à l’état de nature
et ne peut s’incliner que devant
une plus grande violence. »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Frantz Fanon nomme l’indicible : la colonisation n’est pas une mission civilisatrice, mais une entreprise brutale de domination, d’exploitation, un système fondé sur l’écrasement, la dépossession, la coercition ; la violence.

Instrument pour diviser

Frantz Fanon constate que :

« Le système colonial alimente les chefferies
et réactive les vieilles confréries maraboutiques. […] »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Frantz Fanon en déduit que :

« La violence dans sa pratique
est totalisante, nationale. »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Contre-violence, comme libération

Frantz Fanon ne prône pas la violence gratuite, mais il en reconnaît la vertu cathartique. Dans un système qui nous nie, la révolte physique est souvent la première affirmation existentielle.

Frantz Fanon en conclut :

« Au niveau des individus,
la violence désintoxique.
Elle débarrasse le colonisé
de son complexe
d’infériorité. »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Violence légitime

Réprimer la violence de celles et ceux qui sont opprimé.es par la violence des institutions,… précarité, injustices, inégalités d’accès aux soins, à l’éducation, au travail, aux transports, à l’eau, à une l’alimentation saine, à la protection sociale, aux administrations, discriminations en tout genre, etc.

Leur demander de “se calmer”, de parler moins fort, de rester polis dans leur révolte, de ne pas brûler de poubelles,…

N’est-ce pas le stade ultime de la violence ?

LIRE POUR APPROFONDIR :

  • Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre (1961),
  • Jeanette Ehrmann et Felix Trautmann, La Libération de la Violence, Force et fureur de l’émancipation selon La Boëtie et Fanon, in Hypothèses 2012, éditions de La Sorbonne, pages 273 à 288 (disponible en ligne sur Cairn.info : https://doi.org/10.3917/hyp.121.0273 ).

États-unien(ne)

[suite de Américain(e)]

Adjectif
Propre aux États-Unis d’Amérique ou à ses habitants et habitantes.

Substantif
Personne qui habite les États-Unis d’Amérique, qui y est née ou en est originaire.

Et l’Amérique ?

Cette partie du monde s’appelle ainsi d’après le prénom du commerçant et navigateur florentin Amerigo Vespucci, qui a voyagé quatre fois dans cette partie du monde, deux fois pour l’Espagne et deux fois pour le Portugal.

Amérigo

Amerigo Vespucci serait aussi l’auteur d’un ouvrage intitulé “Mundus Novus”, qui évoque le “Nouveau Monde” et lui aurait vallu l’honneur que cette partie du monde soit ainsi dénommée.

Certains historiens en contestent la paternité.

Découverte ?

Non seulement Amerigo Vespucci n’a rien découvert, car on ne “découvre” pas une partie du monde qui est déjà habitée par d’autres individus de la même espèce humaine. Il n’y a pas de “découverte”. Tout juste une rencontre culturelle.

Nouveau ?

Mais en plus ce monde n’a rien de “nouveau” pour ladite espèce humaine productrice de ce point de vue et de ce discours, puisque d’après les recherches génétiques (2008) les premiers Américains sont arrivés il y 23 000 ans, au plus, en une seule vague.

Ces premiers migrants ont investi l’Amérique du Nord. Puis il y a 13 000 ans la population d’origine s’est séparée en deux et l’une des deux s’est aventurée en Amérique du Sud.

Source : https://www.hominides.com/

Et ces peuplades humaines qui ont colonisé les premières cette partie du monde aujourd’hui dénommée Amérique, elles arrivaient d’où d’après vous ?

D’Asie de l’Est, de Sibérie !

Alors, de qui, de quoi, et d’où parlons-nous quand nous disons “américain” ?

Américain(e)

Adjectif
Propre à l’Amérique ou à ses habitants et habitantes.

Substantif
Personne qui habite l’Amérique, qui y est née ou en est originaire.

Source : TLFi

Une des cinq parties du monde, l’Amérique est limitée par l’océan Pacifique à l’ouest, l’océan Atlantique à l’est, l’océan Arctique au nord et l’océan Austral au sud.

On distingue trois grands ensembles : l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud constituent l’essentiel du continent et sont séparées par un isthme formant (ou non) avec les Antilles l’Amérique centrale.

Source : Larousse

Par conséquent, toutes les personnes nées ou originaires de cette région du monde sont américaines.

Certes, les habitants des États-Unis sont américains.

Tout comme…

Les Canadiens sont américains.
Les Mexicains sont américains.
Les Cubains sont américains.
Les Guadeloupéens…
Les Vénézueliens…
Les Colombiens…
Les Brésiliens…
sont américains !

Il n’y a pas de citoyenneté ou de nationalité “américaine” qui désigne exclusivement les membres d’un seul et unique État.

Désigner les seuls citoyens et citoyennes des États-Unis par le terme “américain(e)” est inexact.