Tous les articles par Charlotte A.

Née au siècle dernier entre Capricorne et Cancer, le fait de ne pas entrer dans les cadres me conduit à voyager, m'adapter, muter, réinventer les espaces et les temporalités de nos sociétés, à travers une pratique vitale de l'écriture, un besoin irrépréhensible d'agir, mais aussi explorer, expérimenter, questionner, comprendre, apprendre, transmettre.

« No Justice, No Peace »

Capture d’écran du film Eddington (2025) de Ari ASTER (produit par A24) [1]

L’injustice et les inégalités sociales ne sont-elles pas une forme de violence faite aux plus précaires et aux plus vulnérables par les dominants et possédants qui les exploitent par le travail ? Quels moyens ont-ils d’y répondre ? De se défendre ? Le slogan « no peace, no justice » [2] exprime ce désespoir des masses et des classes opprimées contre l’autorité des gouvernants qui tentent de les museler en imposant un certain ordre social. Les injustices sociales n’engendrent-elles pas de fait de nouvelles formes de violence qui conduisent des sociétés a priori démocratiques dans un état de guerre sociale ? [3]

La paix est-elle possible dans justice sociale ?

La question rappelle la mission et la devise que s’est fixée l’Organisation Internationale du Travail, fondée en 1919 et devenue une agence spécialisée de l’ONU en 1946 : « si vis pacem, cole justitiam » (« si tu veux la paix, cultive la justice »), ou encore « la justice sociale est essentielle à une paix universelle et durable », principe repris par les organisations syndicales et certaines organisations politiques.

L’injustice sociale divise le peuple

Les faits historiques, notamment de l’entre deux guerres, démontrent qu’une crise sociale et économique est le terreau fertile de la montée de régimes autoritaires, et un facilitateur de l’accession au pouvoir, de manière tout à fait légale, de gouvernements totalitaires comme ce fut le cas en Allemagne pendant la Grande Dépression. En effet, Adolf Hitler, leader du parti national-socialiste des travailleurs allemands, fut nommé chancelier du Reich (chef du gouvernement) en janvier 1933, par le président Paul von Hindenburg, après avoir échoué aux élections présidentielles de mai 1932, son parti remportant les élections législatives de novembre 1932. L’injustice sociale conduit clairement à alimenter la haine au sein du peuple, à diviser le peuple et à dresser certains envers et contre celles et ceux qui sont désignés comme la cause de la crise, souvent “bouc-émissaire”, « ennemi intérieur », et elle finit par engendrer inégalités, atteintes aux libertés, discriminations, racisme, si ce n’est totalitarisme et état de guerre sociale.

Une économie libérale conduit à un régime autoritaire

Par ailleurs, n’oublions pas le rôle que jouent les grands industriels et entrepreneurs dans ce contexte [4]. En effet, la mécanique d’une économie libérale pour répondre aux attentes de ces derniers conduit les gouvernements à adopter une politique autoritaire : gouvernement par décrets, contournement du Parlement, répression des mouvements sociaux… [NdA : toute ressemblance avec l’actualité n’est que pure coïncidence] Ce fût le cas en Allemagne pendant les mandats du président du Reich Paul von Hindenburg, de mars 1930 à janvier 1933 : ses chanceliers (notamment Brüning, Papen, Schleicher), avec le soutien des grands industriels, la servilité de la haute administration et la complicité de certains médias ont progressivement vidé la démocratie de sa substance. Hostiles aux communistes et aux syndicats ouvriers, ils ont fini par ouvrir les portes du pouvoir à l’extrême-droite, en pensant que celle-ci resterait un outil docile permettant de briser la contestation sociale et de maintenir l’ordre.

Quand l’intérêt des uns prime sur celui de tous

Les grands industriels allemands de l’époque ont préféré sacrifier le régime démocratique de Weimar plutôt que d’accepter le progrès social et la montée des forces de gauche, en pariant qu’ils pourraient instrumentaliser et contrôler Hitler pour défendre leurs intérêts. [NdA : de même en France : « Plutot Hitler que le Front Populaire. [5] »] Cela s’est fait en faisant primer l’intérêt particulier de cette oligarchie sur l’intérêt général du peuple, et au détriment de la justice sociale : ce qui en a résulté fût un régime totalitaire dont les crimes contre l’Humanité sont incommensurables. Cet état de guerre sociale prenant la forme du projet génocidaire du Führer Adolf Hitler, ajouté à ses velléités impérialistes et colonialistes pour reconstituer le Saint Empire Romain Germanique, la Grande Allemagne, ont conduit l’Allemagne à envahir la Pologne le 1er septembre 1939, déclenchant la deuxième guerre mondiale.

Publication sur le site de l’UJFP le 25 juin 2024
L’hyper-concentration des richesses par une infime minorité rompt le contrat social

De façon générale, sous l’angle économique, la suraccumulation du capital qui génère toujours plus d’injustice sociale est moteur de violence. Si le capitalisme en soi peut coexister avec des mécanismes de redistribution, son stade actuel — l’hyper-concentration des richesses par une infime minorité — rompt le contrat social. Une élite économique capte non seulement les ressources, mais aussi le récit médiatique pour justifier son refus de contribuer à l’impôt par des dispositifs d’optimisation fiscale légaux. Lorsque le système atteint une phase de saturation et que les profits internes stagnent, cela génère des tensions sociales internes, ou induit une projection vers l’extérieur sous la forme d’impérialisme et de colonialisme pour trouver de nouveaux débouchés. Ainsi, l’injustice économique devient une menace directe pour la paix mondiale.

Quand la justice sociale est brandie au service de la guerre

Pourtant, il existe un paradoxe entre justice sociale et paix : la justice sociale peut parfois être instrumentalisée pour servir la guerre (et les intérêts des grands industriels qui tirent de profits de l’économie de guerre). Dans un système de gouvernance étatique (où l’État gère la protection sociale plutôt que les travailleurs eux-mêmes), le pouvoir peut améliorer les conditions de vie pour obtenir l’assentiment de la population [6]. En offrant plus de sécurité sanitaire et sociale, l’État renforce le sentiment de patriotisme et la supériorité supposée de sa “civilisation”. La protection sociale devient alors un outil de préparation logistique et morale : elle garantit des soldats en bonne santé et une arrière-garde soudée, rendant l’entrée en conflit plus acceptable pour les citoyens, légitimant même celle-ci au prétexte de défendre la démocratie et la liberté.

Illustration PIPO sur le site Arrêt sur Image
La DUDH de 1948 essaye de tirer les enseignements de l’histoire

Pour cette raison la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 [NdA : ne devrions-nous pas dire plutot “des droits humains”], adoptée en réaction aux atrocités commises durant les deux guerres mondiales du début du XXème siècle, reprend également cette  dimension sociale essentielle, considérant le rôle joué par les déséquilibres économiques et sociaux dans la montée des fascismes et de l’extrême droite. Il fallait proclamer que la protection de la paix et de la démocratie implique nécessairement une action politique orientée vers le bien commun, notamment à travers la notion de démocratie sociale.

En conclusion, si la justice sociale est une condition nécessaire de la paix, elle n’en est pas une condition suffisante. La préservation d’une justice sociale, peut même être instrumentalisée en désignant un ennemi intérieur ou extérieur la mettant prétendument en danger. Au-delà de la justice sociale, c’est donc tout un édifice de valeurs qu’il faut défendre : dignité humaine, libertés publiques, égalité d’accès aux services publics et à la protection sociale, pluralisme de la presse, accès à l’éducation… Rappelons que l’article 1 de cette même déclaration de 1948 proclame que les humains « doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Cette fraternité ne peut s’entendre sans son prolongement concret sur un plan social, sans quoi elle ne serait qu’une coquille vide.

La justice sociale ne suffit pas pour garantir la paix

À l’heure où les principes de Liberté, Egalité, Fraternité, mais aussi de Paix et de Justice, sont vidés de leur sens et revendiqués par des personnes et dans des discours qui en font le moins preuve, y compris à l’extrême droite, la naïveté ne serait-elle pas de croire que, sans ces principes humanistes, les mêmes causes ne produiront pas les mêmes effets ?

Inversement, il ne suffit plus de proclamer ces valeurs comme des évidences : il est temps de revenir au combat des idées pour les soutenir par l’action. Alors oui, si l’on veut protéger la paix, il faut combattre pour la justice sociale, il faut l’expliquer inlassablement, et démasquer aux yeux de tous les imposteurs qui les brandissent comme un étendard alors qu’ils œuvrent à l’inverse.

Notes de bas de page (les refs)

ATTENTION : ça peut être plus long que l’article… 😉
[1] Eddington (2025) de Ari ASTER (produit par A24)

Eddington est un western politique américain co-produit, écrit et réalisé par Ari Aster, sorti en 2025.

Quatrième long-métrage du réalisateur, après Hérédité, Midsommar et Beau Is Afraid, il est présenté en compétition officielle au festival de Cannes 2025.

Le film se déroule en mai 2020, durant la pandémie de Covid-19, à Eddington au Nouveau-Mexique. Le shérif local Joe Cross s’oppose au maire Ted Garcia. Cela va déclencher une véritable poudrière dans la petite ville.

Source : Wikipédia

[2] Est-il vrai qu’il y avait moins de violence dans le passé ?, émission ARTE « Est-il vrai…? », documentaire, 22 min, émission du 25/02/2026, disponible jusqu’au 24/02/2027 :
[3] « No Justice, No Peace »

« Pas de justice, pas de paix » (traduction de « No Justice No Peace ») est un slogan politique avec pour origine la protestation contre la violence ethnique envers les Afro-Américains par des Blancs américains. Il est utilisé pour la première fois, en 1986, après le meurtre de Michael Griffith par des blancs à New York.

Fresque murale à Oakland en Californie

Pour Al Sharpton, militant des droits civiques et homme politique américain, le slogan « Pas de justice, pas de paix » est « le cri de ralliement pour ceux qui ne céderont pas à la pression de l’autorité ». Il peut être considéré, à tort, comme une remise en cause de l’ordre public, un appel à l’émeute, si la justice n’est pas rendue : « si vous ne pouvez pas nous garantir justice, nous ne vous laisserons pas en paix ».

La journaliste et philosophe Clara Degiovanni, explique, dans Philosophie Magazine, que ce slogan, plaçant la justice devant la paix, est similaire à la « vision d’Antigone de Sophocle, pour qui la justice – divine et absolue – doit primer sur tout le reste, y compris sur le risque de discorde et de trouble social au sein de la Cité ». Clara Degiovanni s’interroge sur ces deux notions qui ont « toutes les deux des limites ». La justice peut elle être équitable dans un environnement de violence qui provoque la peur ? Mais une paix sans justice est elle durable ? Pour Clara Degiovanni, le slogan indique bien que la justice est première mais qu’elle est aussi bénéfique. En effet c’est la condition « sans laquelle nulle paix réelle et durable ne peut advenir ». La justice est un vecteur de paix. Par contre la paix n’est pas obligatoirement productrice de justice.

Source : Wikipédia

[4] Les Irresponsables : qui a porté Hitler au pouvoir ? (2025), de Johann Chapoutot, éditions Gallimard, Paris.

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias réactionnaires et d’élites traditionnelles, perd tout soutien populaire : au fil des élections, il passe de presque 50 % à moins de 10 % des voix et se demande comment garder le pouvoir sans majorité, sans parlement, voire sans démocratie. Cet extrême centre se pense destiné à gouverner par nature : sa politique est la meilleure et portera bientôt ses fruits. Quand les forces de répression avertissent qu’elles ne pourront faire face à un soulèvement généralisé, le pouvoir, qui ne repose sur aucune base électorale, décide de faire alliance avec l’extrême droite, avec laquelle il partage, au fond, à peu près tout, et de l’installer au sommet. Cette histoire se déroule en Allemagne, entre mars 1930 et janvier 1933. Elle repose sur une lecture des archives politiques, des journaux intimes, correspondances, discours, articles de presse et Mémoires des acteurs et témoins majeurs. Elle révèle non pas la progression irrésistible de la marée brune, mais une stratégie pour capter son énergie au profit d’un libéralisme autoritaire imbu de lui-même, dilettante et, in fine, parfaitement irresponsable.

[5] Extrait de l’article Le slogan « Plutôt Hitler que le Front Populaire » a-til existé ? in Ville de Genève, rubrique Thèmes / Culture / Bibliothèques / Questions-réponses, 31 mai 2024 :

Le journal L’Humanité du 12 décembre 1936 a publié une lettre du comité central du Parti communiste allemand à Maurice Thorez titrée Pour l’union des peuples français et allemand contre le fascisme hitlérien fauteur de guerre qui indique ceci :

« […] Oui, l’Allemagne aimant la paix et la liberté dont les meilleurs combattants sont dans les camps de concentration ou dans l’émigration, n’a rien à voir avec les agissements des agents de Hitler en Alsace-Lorraine à côté de ceux qui proclament : « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Si Hitler protestait furieusement contre ton appel à l’union des ouvriers de France et d’Alsace-Lorrain au sein de la démocratie, nous déclarons nous : « Entre l’Allemagne aimant la liberté et la France démocratie, il n’y a pas de point de friction de ce genre. » »

L’article Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux…de Xavier Nerrière, paru en 2013 dans la revue Aden, cite également ce slogan et nous en apprend plus sur le contexte historique :

« « Nous faisons le serment de rester unis pour défendre la République ». C’est sous ce slogan qu’à l’initiative du Comité départemental du Front populaire, l’ensemble des forces de gauche de Loire-Inférieure (Loire-Atlantique) se donne rendez-vous sur l’hippodrome de Savenay le 11 octobre 1936. Le lendemain, Le Populaire de Nantes titre : « La magnifique journée de Savenay constitue une nouvelle victoire du Front populaire uni plus que jamais pour la défense de sa devise : Pain, Paix et Liberté « . Sur une pancarte nous pouvons lire : « À bas la guerre, à bas le fascisme, à bas Hitler ». Quelques mois après l’un des plus grands mouvements de grève qu’ait connu le pays, cette ferveur et ces slogans pourraient surprendre, puisque nous associons plus volontiers l’année 1936 à la conquête des congés payés ou de la semaine des 40 heures. Pourtant, il ne faudrait pas sous-estimer le poids des courants réactionnaires et la virulence de la résurgence d’une mobilisation des forces de droite les plus radicales. Au mois de septembre, leurs partisans se sont rassemblés par dizaines de milliers à Saint-Mars-la-Jaille (44), Cholet (49) ou La Roche-sur-Yon (85). À Saint-Nazaire, un tract est distribué sur lequel on peut lire : « Aujourd’hui, les communistes veulent pousser la France à se battre pour la Russie. Ils seraient capables de déclarer la guerre à l’Allemagne par haine de l’hitlérisme ». Le journal de la droite nantaise, La Solidarité, explique pour sa part, dans son édition du 15 septembre 1936 : « Si c’est Franco qui a le dessus, nous voilà débarrassés du communisme à l’Ouest […] Nous le répétons, nous préférons vivre avec Hitler que mourir pour Staline« . Slogan qui préfigure celui des plus fervents partisans de la politique collaborationniste du Maréchal Pétain et de Pierre Laval : « Plutôt Hitler que le Front populaire. » »

Les historiens ne semblent néanmoins pas d’accord aujourd’hui sur la véracité de ce dernier slogan et aucune source claire ne prouve qu’il ait effectivement été prononcé, ni par qui.

[6] Nicolas DA SILVA, La bataille de la Sécu : une histoire du système de santé (2022), éditions La Fabrique, Paris :

Emission ARTE Les Idées Larges, présenté par Laura RAIM, “La Sécurité Sociale doit-elle être sauvée ?” avec Nicolas Da Silva, durée 34 min, disponible jusqu’au 01/09/2028 :

Que faisons-nous contre ces impérialismes qui reprennent force et vigueur ?

Si l’enlèvement du Président de la République Bolivarienne du Vénézuela par les forces armées des États-Unis d’Amérique sur ordre de son Président le 3 janvier 2026, suivi des menaces proférées par ce dernier d’envahir ou d’acheter le Groënland (territoire et peuple lui-même sous domination du Danemark), ainsi que plusieurs autres pays des continents Américains, comme la Colombie, ou Cuba… si ces derniers événements de l’actualité politique internationale qui relèvent explicitement d’actes impérialistes/coloniaux font grand bruit dans les médias et sur les réseaux sociaux, serait-ce, parce que la forme, les procédés, les propos tenus par leur auteur, choquent par leur brutalité et leur irrespect des conventions diplomatiques ? ou bien est-ce que nous désapprouvons profondément le fond, les intentions, la finalité d’une telle démarche ?

États-Unis-Venezuela : la capture sidérante de Maduro – Cam de la Fu (Venezuela)
Source : https://www.cartooningforpeace.org/)

Quelques définitions :

Le colonialisme et l’impérialisme sont deux mots pour un même phénomène : la politique et stratégie de domination d’un pays ou de plusieurs pays par un autre, que ce soit par des moyens militaires, culturels et/ou économiques.

Ce qui est nommé et considéré comme « les civilisations » ont presque toutes eu à un moment ou à un autre de leur histoire des velléités d’expansion territoriale, reposant sur l’extractivisme à outrance des ressources et l’exploitation de moyens de production et de forces de travail humaines non rétribués, ou peu rétribué, à savoir l’esclavagisme.

Colonialisme : doctrine visant à légitimer l’occupation, la domination politique et l’exploitation économique de territoires par certains États. (Source : Le Robert) Synonyme : impérialisme.

Impérialisme : politique d’un État visant à réduire d’autres États sous sa dépendance politique et/ou économique. (Source : Le Robert)

Si le colonialisme est toujours lié à une conquête territoriale, l’impérialisme ne l’est pas forcément, mais peut consister en une domination culturelle, économique et/ou politique par exemple. Des puissances européennes comme la France et l’Angleterre ont été de puissants empires coloniaux.

Histoires impérialistes : l’éternel cycle de l’Humanité

L’histoire de l’humanité telle qu’elle nous est enseignée en France, en Europe, en « occident », dans le camp des « puissants » et des « dominants », est essentiellement constituée du récit de ces conquêtes territoriales, des invasions qui en découlent lorsque les conquêtes ne sont pas à notre bénéfice, du récit des vies de ces grands hommes qui ont mené ces guerres tout en nous gouvernant, nous le peuple, qui les ont gagnées ou perdues, et des sacrifices payés par le peuple pour satisfaire la soif de domination et de pouvoir de cette classe d’hommes qui écrivent l’histoire avec un grand H, parce qu’ils la dominent. À noter que les gens du peuple, qui payent le prix de ces guerres, sont évoqués par leur nombre, jamais par leurs actes héroïques, ni par leurs noms. Ils sont disparaissent dans le nombre des victimes, fondus dans la masse.

Même si nous pouvons compter quelques rares femmes parmi ceux qui mènent ces politiques impérialistes (comme Margaret Thatcher pour ne citer qu’elle), reconnaissons qu’elle sont la plupart du temps exclues de cette classe dominante, ou alors instrumentalisées au service de ces causes, et que rares sont les cas faits de celles et ceux qui constituent la masse spoliée, dominée, exploitée, qui comptent des hommes, des femmes, des enfants, pauvres, n’ayant pas le choix, mobilisés et enrôlés sous la contrainte (économique, idéologique). Rares sont les fois où l’histoire officielle fait cas de ceux qui souvent résistent pour conquérir eux, non pas plus de terres et de richesses, mais juste un peu de liberté et d’égalité.

Et ce sans compter la majorité des gens, qui n’étant pas touchés de près ou concernés par ces actes colonialistes et impérialistes, soit n’en sont pas informés (ou sont désinformés par une habile propagande), soit ne s’y intéressent pas, ne serait-ce que parce qu’ils ont d’autres priorités à gérer dans l’urgence liée à leurs propres conditions fragiles d’existence et de subsistance.

Bref, les États-Unis d’Amérique de sont pas le seul pays à avoir une volonté hégémonique sur le reste du monde. Loin de là. L’histoire de l’humanité est jalonnée d’exploits impérialistes et colonialistes.

Ces quelques cartes d’empires à leurs apogées en sont le témoin (liste non exhaustive, incluant les empires Romain, Saint-Romain Germanique, Ottoman, Arabo-musulmans, Mandingue ou Bambara, Russe, Chinois, Prusse, Aztèque, Maya, etc…) :

Par exemple, le schisme de 1054, entérine la séparation territoriale et linguistique entre l’Église de Rome d’Occident et l’Église de Constantinople d’Orient. Il est question alors de pacifier les relations entre de Pape de Rome qui veut imposer le rite latin (catholique) et le patriarche de Constantinople qui impose la pratique du rite grec (orthodoxe). Pourtant ce schisme correspond peu ou proue aux Empires Carolingien et Byzantin qui se partagent tout l’Ouest de l’Eurasie à l’époque, et à la séparation des empires Romain d’Orient et Romain d’Occident depuis 365 :

Entre le IVème et le XIème siècle, les empires qui se constituent de part et d’autres conduisent à la séparation progressive entre ce qui correspond aujourd’hui à ce qu’on appelle « occident » de ce que l’on appelle le « moyen orient », au point de faire de la plaque continentale Eurasiatique, deux continents distincts : l’Europe et l’Asie ; ce qui constitue, si nous y réfléchissons bien, une simple construction culturelle, et en aucun cas un état de fait géographique ou géologique.

Quand les colons se partagent le gâteau

Après la « conquista » espagnole sur le continent américain (pour rappel, le canal du Panama qui sépare le Nord du Sud est une construction humaine), les royaumes d’Espagne et du Portugal se sont littéralement partagés ce qu’ils appelaient « le nouveau monde » par le traité de Tordilla signé en 1494 (pour rappel, Christophe Colomb a mis la première fois le pied en aux « Indes d’Amérique » en 1492 : ils n’ont pas perdu de temps !) :

Ce n’est que le premier acte d’un accord entre empires coloniaux pour se partager le gâteau. Par la suite, la course impérialiste à la conquête des territoires sur tous les continents, entre pays européens, va se renforcer et s’étendre sur toute la planète au bénéfice de la Révolution industrielle. L’impérialisme est corrélé au capitalisme libéral et prédateur. Grands industriels et grandes nations travaillent de concert pour s’approprier les richesses du monde.

Ci-dessous les grands empires coloniaux du XVème au XVIIème siècle, puis en 1914 et en 1945 :

Evolution des formes du colonialisme

Au XIXème siècle, un discours anti-colonialiste, celui de Monroe, président des États-Unis d’Amérique, va paradoxalement justifier des actes impérialistes états-uniens au siècle suivant.

En effet, le 2 décembre 1823, lors de son septième message annuel au Congrès des États-Unis, le président américain, James Monroe, a prononcé quelques phrases plus particulièrement destinées aux puissances européennes : « les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation », « toute intervention européenne dans les affaires des Amériques sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix », et « les États-Unis, en contrepartie, n’interviendront pas dans les affaires européennes ».

En fait, la doctrine Monre est utilisée par les gouvernants des États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace, surtout l’URSS pendant la guerre froide mais aussi, la Chine actuellement.

Les États-Unis d’Amérique ont ainsi prétexté « devoir » intervenir de nombreuses fois dans de nombreux pays du monde et très souvent en Amérique Latine, pour lutter contre la volonté d’hégémonie idéologique et économique du bloc communiste et pour défendre des politiques libérales à leur avantage, sous couvert de préserver la liberté dans ces pays. Souvent à l’origine, il n’y a pas anguille sous roche, mais pétrole ou autre minerais convoité sous ces airs de « gentils gendarmes du monde »…

Le colonialisme s’est donc travesti peu à peu sous la forme de discours pour la défense des libertés fondamentales des peuples et surtout, la liberté de consommer des produits états-uniens, et de laisser des industriels états-uniens exploiter les ressources de leurs territoires : une forme d’impérialisme économique et culturel bien plus pernicieux que le colonialisme décomplexé du XIXème siècle.

Il faut dire qu’au XIXème siècle, le colonialisme est encore bien vu : les Nations puissantes et dominantes apportent la « civilisation » aux peuples « primitifs » de contrées éloignées (progrès techniques, infrastructures routières, hospitalières, éducatives, appareils administratifs, juridiques, législatif, politique, organisation policière et militaire, etc.). En échange, elles s’accaparent les territoires, les ressources et les peuples qui y vivent.

États-Unis-Venezuela : la capture sidérante de Maduro – Cam de la Fu (Venezuela)
Source : https://www.cartooningforpeace.org/

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, pourtant, un discours domine, qui veut que toute forme de colonialisme et d’impérialisme explicite soit illégitime, illégal, irrecevable. Ça n’est plus « bien vu » d’envahir, d’accaparer des territoires, de mettre sous gouvernance politique et/ou économique des peuples et leurs territoires.

Seuls l’exploitation humaine et l’extractivisme des ressources par des voies commerciales passe sous les radars de la bien pensance du droit international, sous prétexte d’accords bilatéraux qui bénéficieraient à toutes les parties, ou juste sous prétexte du libre échange…

Les règles anti-impérialistes du droit international

Dans le cas de l’opération américaine du 3 janvier 2026 au Venezuela, ayant pour objectif « l’arrestation » du président Nicolás Maduro, est constitutive de plusieurs violations flagrantes du droit international, qui font suite à une série de menaces de recourir à la force contre ce même pays, menaces elles aussi illicites au regard de la Charte des Nations Unies.

Quatre règles au moins ont été bafouées d’après Raphaël Maurel, Maître de conférences HDR en droit public à l’Université de Bourgogne et membre de l’Institut universitaire de France :

  • l’obligation de régler tout différend international par des moyens pacifiques (article 2§3 de la Charte des Nations Unies) ;
  • l’interdiction de porter atteinte à l’intégrité territoriale (principe de non-intervention) et à l’indépendance politique (principe de non-ingérence) d’un État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
  • l’interdiction de recourir à la force contre un autre État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
  • les immunités reconnues par le droit international coutumier à tout chef d’État : celles-ci sont garanties même en cas de contestation interne comme externe de la légitimité du chef d’État ; celui-ci ne peut, en aucun cas, être l’objet d’une arrestation et d’un jugement devant une juridiction étrangère au cours de l’exercice de son mandat, et ce « pour toute infraction qu’il aurait pu commettre, quelle qu’en soit la gravité ». [source]

Les arguments juridiques pour justifier une telle intervention et ingérence dans les affaires d’un pays étranger ne tiennent pas la route. Je ne les développerai pas ici : ce n’est pas mon sujet aujourd’hui. Si cela vous intéresse, je vous invite à lire l’intégralité de l’article sur le site internet source :

LIRE L’ARTICLE : Opération américaine au Vénézuéla : que dit le droit international ? sur Le Club des Juristes, l’actualité sous le prisme du droit.

Un impérialisme peut en cacher un autre…

Mais les États-Unis d’Amérique ne sont pas la seule nation au XXème siècle à avoir mené une politique impérialiste et interventionniste sous couvert de défense de la liberté des peuples… et dans le but final de mieux exploiter leurs ressources.

La France entretient des rapports de domination économiques forts avec les pays qui constituaient son empire colonial et qui ont été aujourd’hui officiellement émancipés, leurs peuples gagnant ainsi une très fragile souveraineté.

Depuis 2022, plusieurs anciennes colonies françaises en Afrique ont dénoncé les accords de défense avec la France, entraînant le retrait d’une grande partie des forces armées françaises du continent africain, présentes depuis 1960. En l’espace de seulement deux ans, ces forces armées ont été contraintes de quitter le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, et ont perdu des alliés aussi solides que la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Le président de la République française, François Mitterrand (de 1981 à 1995), aux côté président du Burkina-Faso (ex-colonie française jusqu’à 1960 et ex-République de Haute-Volta jusqu’à 1984), Thomas Sankara (de 1983 à 1987).

Ces accords étaient souvent assortis de clauses secrètes qui ont permis à la France d’intervenir militairement : pour secourir des régimes afin d’asseoir la légitimité de pouvoirs politiques favorables à ses intérêts, lutter contre le djihadisme – notamment au Sahel dans le cadre des opérations SERVAL (2013-2014) et BARKHANE (2014-2022) – ou mettre un terme à des guerres civiles.

Le départ des troupes françaises du continent africain signe la fin d’un monde : celui des interventions au Tchad, au Togo, au Gabon, au Rwanda, à Djibouti, au Zaïre, en Somalie, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Libye et au Cameroun. Il marque aussi la fin de la « Françafrique ».

Et pendant que l’impérialisme français se fait chasser d’Afrique, c’est l’influence russe qui grandit avec ses milices de mercenaires Wagner, et l’influence chinoise qui s’étend avec ses investissements commerciaux massifs.

Chine, état critique : au centre de la mondialisation, par Philippe Rekacewicz, rubrique carte « manière de voir » in Le Monde Diplomatique n°123, juin-juillet 2012

Sommes-nous vraiment sortis de la guerre froide entre le bloc impérialiste états-unien, dit le bloc de l’Ouest et celui de l’Est, incarné aujourd’hui par la puissance économique de la République Populaire de Chine, un des derniers régimes communistes ayant survécu du bloc soviétique à la fin du rideau de fer et à dissolution de l’URSS ?

Peuple qui ne dit mot consent ?

Et nous ? Qu’en disons-nous, nous peuple français, citoyens français constitués de mille et unes facettes culturelles réunies sur ce territoire en partie par cette histoire coloniale et impériale ?

Comment pouvons-nous garder le silence aujourd’hui quand des industriels français comme Bolloré, Castel ou d’autres utilisent leur pouvoir économique pour mieux exploiter les ressources humaines et minières des ex-colonies françaises dans le monde et particulièrement sur le continent africain ?

Que n’avons-nous pas plus soutenu les peuples des territoires des ex-colonies de l’Empire français ? Pourquoi ne les soutenons-nous pas plus aujourd’hui ?

Pourquoi nous est-il plus facile de nous mobiliser contre l’impérialisme états-unien au Vénézuela, ou contre le colonialisme du gouvernement israélien à Gaza et en Cisjordanie, que contre l’impérialisme ou le néo-colonialisme français, aux Antilles, à Mayotte, en Kanaky…?

Pourquoi ne sommes-nous pas plus solidaires des peuples ciblés par les velléités colonialistes et impérialistes des nations riches et puissantes auxquelles nous appartenons ? Pourquoi ne nous sentons-nous pas plus concernés ?

Aujourd’hui ce sont eux. Demain ce sera nous. La roue tourne. Les nations puissantes et décadentes d’aujourd’hui sont en train de se laisser conquérir progressivement par les nations émergentes qui jouent le jeu des rapports de force économiques et politiques.

Aujourd’hui ce sont eux, à l’échelle internationale des rapports de domination entre nations. A une autre échelle, celle de la politique intérieure, c’est déjà nous. Nous sommes nous, le peuple, déjà dans la plupart des cas les perdants de ce jeu des rapports de domination entre classes plus riches et moins riches. Nous sommes déjà les travailleurs exploités de cette mécanique capitaliste libérale qui broie les individu pour s’enrichir plus et asseoir son pouvoir par la force économique.

N’avons nous pas un devoir d’indignation et de résistance à ces rapports de domination quels qu’ils soient à toutes les échelles ?

« By any means necessary »

Si la fin ne justifie pas les moyens, pour autant n’y a-t-il pas des buts et des causes qui méritent que soient mobilisés tous les moyens nécessaires pour y parvenir ?

Quand en 1960 dans son discours d’Accra au Ghana dans le cadre de la Positive Action Campaign, Frantz Fanon appelle à la :

« … résistance noire par tous les moyens nécessaires »

Il parle de boycott, de désobéissance civile, d’éducation populaire.

Les bons moyens ?

La formulation fait peut-être référence au dialogue entre Hugo et Hoederer dans le 5ème tableau de la pièce de Jean-Paul Sartre, sortie en 1948, Les Mains Sales :

HUGO. – Tous les moyens ne sont pas bons.
HOEDERER. – Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.

Des moyens efficaces pour parvenir à ses fins

Sauf qu’alors les deux personnages discutent de la nécessité de mentir à leurs camarades au sein du “Parti” si cela doit servir la fin, l’idéal poursuivi, la lutte menée. Hoederer qui a plus d’expérience défend l’idée qu’ils ont toujours menti, tandis que Hugo, novice et sans doute plus idéaliste que pragmatique (au sens Machiavélique) interroge ces moyens:

HUGO. – […] À quoi sert de lutter pour la libération des hommes, si on les méprise assez pour leur bourrer le crâne ?

Tous les moyens !

C’est Malcolm X qui reprend à son compte cette idée dans son discours du 28 juin 1964 à Manhattan, New York :

« Voilà notre devise. Nous voulons la liberté par tous les moyens nécessaires. Nous voulons la justice par tous les moyens nécessaires. Nous voulons l’égalité par tous les moyens nécessaires. »

Discours qui fait suite à celui du 3 avril 1964 à Cleveland dans l’Ohio : le vote ou le fusil” !

Pour rappel, le président JFK, favorable au droits des afro-états-uniens est assassiné en 1963, le Civil Right Act n’est adopté et signé par le président Johnson qu’en juillet 1964 et le Voting Right Act qu’en août 1965.

Quels moyens ? Quelles fins ?

Quand on sait que la lutte pour l’égalité des droits civiques aux États-Unis d’Amerique a été menée par des moyens essentiellement pacifiques, et que ces derniers ont été violemment réprimés par les forces de l’ordre…

Qu’est-ce qui a réellement joué de manière déterminante dans le fait que les militant•es des droits civiques parviennent à leurs fins ?

DOCUMENTS POUR APPROFONDIR :
EN LIEN AVEC L’ACTUALITÉ :

La journaliste Julia Pagé et le réalisateur Frédéric Lacelle sont allés à Philadelphie, aux États-Unis, pour rencontrer les membres d’un groupe qui se présente comme le Black Panther Party for Self-Defense. Armés d’AK-47, les membres du parti patrouillent dans leur voisinage pour défendre les citoyens contre la violence policière.

Le retour du mouvement des Black Panthers, qui avait vu le jour dans les années 1960, s’inscrit dans un climat de tensions accrues autour de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, dont les opérations ont été intensifiées depuis le retour de Donald Trump à la présidence. Cette montée en force de l’ICE a été marquée début janvier 2026 par la mort de Renee Nicole Good, une citoyenne américaine de 37 ans, tuée par un agent à Minneapolis. Cet événement a déclenché des manifestations et une vive émotion à l’échelle nationale, et relance les critiques contre les méthodes de l’agence, qui affirme avoir procédé à plus de 605 000 expulsions depuis janvier 2025.

* Deux jours après la publication de notre reportage, Paul Birdsong a publié une vidéo dans laquelle il explique qu’Aaron Dixon, un ancien membre des Black Panthers qui le mentorait et lui avait permis d’utiliser le nom « Black Panther Party for Self-Defense », a retiré son soutien au groupe. Ils ont donc décidé de se renommer « Black Lion Party for International Solidarity ». Toutefois, leur mission et leurs activités demeurent les mêmes.

La fin justifierait les moyens ?

Quelle légitimité et quelle pérénité conserve une victoire si elle est obtenue par des moyens contestables, voire contraires aux valeurs défendues ?

Le pasteur baptiste et militant non-violent états-unien pour le mouvement des droits civiques Martin Luther King, défend l’idée qu’au contraire, la fin ne justifie pas les moyens dans son ouvrage La Révolution Non Violente [« Why We Can’t Wait »], édition Signet Classics (1964).

La fin justifie les moyens

L’adage populaire est attribué à tort à Machiavel.

En effet c’est un raccourci de la question de philosophie politique que défend de manière plus complexe et contrastée l’auteur dans Le Prince (1532).

Machiavel explique que pour maintenir le pouvoir et garantir la stabilité de l’état, un dirigeant doit parfois prendre des décisions immorales ou brutales, quitte à mentir ou recourir à la violence.

Dans Le Prince (1532), il écrit :

« Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. »

Cynisme ou pragmatisme ?

L’idée et son contraire sont défendus par de nombreux philosophes, poètes, dramaturges, hommes politiques…

« En fonction de la noblesse de la cause et des civilisations, la faute commise peut être pardonnée. »

[cf. le site web Raven et Caramel]

La controverse

La question est :

Comment évaluer, selon les circonstances, que la fin justifie ou pas les moyens ?

Comment connaître les véritables intentions de celleux qui emploient tous les moyens pour parvenir à leurs fins ?

A SUIVRE :

« By Any Means Necessary »

Indien(ne) ? Indigène ?

« Nous ne sommes ni indiens, ni indigènes, car ce sont des mots “inventions” des Espagnols avec lesquels ils ont amalgamés des centaines de cultures qui existaient sur ce territoire bien avant eux. Nous ne sommes pas “zapotèques” parce que c’est un mot d’origine Nahuatl par lequel nous ont appelés nos alliés mexicains. Mais oui nous sommes Buin Zaa, le peuple des nuages, parce que c’est ainsi que nous nous appelons, parce que c’est ainsi que nous nous auto-dénommons. Mais jamais personne ne nous a écouté, jamais personne ne nous a consulté. »

Extrait du discours de Itayetzi Alexandra Chacón Pérez, à l’occasion du Certamen Diosa Centéotl 2023.

Amérindien(ne) ?

1) Adj. Relatif aux Indiens d’Amérique.
2) Subst. Indiens d’Amérique.

Mot inventé en langue française, qui n’existe dans aucune autre langue européenne…

Source : TLFi

Indien(ne) ?

Adjectif et substantif
B) Indigène d’Amérique.
Synon. Amérindien.

Tout ça parce que les européens ont cru “découvrir” les Indes quand ils ont débarqué en Amérique…

Source : TLFi

Indigène ?

Adjectif
Qui est originaire du pays où il se trouve, […] où il habite.
Anton. exotique.
Emploi subst. Personne native du pays où elle vit et où ses ascendants ont vécu depuis une époque reculée.

Source : TLFi

Vie et voyages de Christophe Colomb (1852) Honeurs attribués à la Reine Anacaona

Natif(ve) ?

Adjectif
[En parlant d’une pers.]
Natif (de) + compl. de lieu.
Qui est originaire de tel endroit (lieu de résidence de la famille pendant un certain temps).
— Emploi subst.
Synon. indigène, naturel.

Source : TLFi

Naturel(le) ?

Adjectif et substantif
Subst. masc. ou fém., vieilli. Personne qui est originaire du pays, de la région dont il est question.
Synon. aborigène, autochtone, indigène, natif.

Source : TLFi

Aborigène ?

— Emploi adj. [En parlant de pers. ou de plantes] […]
— Emploi subst. [Généralement au plur.] Les aborigènes. Habitants originaires du pays où ils vivent.

Source : TLFi

Autochtone ?

Adjectif et substantif
[En parlant d’une pers.] Originaire du lieu où il habite et que ses ancêtres ont également habité.
— Emploi subst. :
Personne née dans le pays même où elle habite, dont les ancêtres ont vécu dans le pays.

Source : TLFi

Local, locaux ?

Adjectif et substantif
1) Qui concerne un lieu, une région, lui est particulier. […]
— Employé comme substantif pluriel
Les locaux : les habitants du lieu.

Source : Le Robert

Comment dénommer l’autre, sans la connotation péjorative d’un rapport de domination ?

De ces huit mots, lequel utilisez-vous ?
Dites-le en commentaire !

Performance mémorielle | Sonjé

En introduction de la conférence-débat
“L’Heure de la Décolonisation »
organisée par le groupe de Bordeaux Bastide de LFI
vendredi 28 novembre 2025 à 19h30
à la Maison Cantonale.

L’intégralité de la conférence-débat « L’Heure de la décolonisation » à laquelle participaient Karfa Diallo (Mémoires et Partages), Jonathan Ruff (Tsedek), Wissam Xelka (PDH et QG Décolonial), et Danièle Obono (LFI), est disponible sur le canal YouTube de la France Insoumise Gironde.

Pas nous !

Nous sommes censés lutter contre les rapports de domination: les déconstruire, s’en affranchir, s’en émanciper, veiller à ne pas les reproduire. Ce postulat à gauche semble mettre tout le monde d’accord. Non ?

Nous, contre les -ismes !

C’est ce que nous faisons dans nos luttes féministes, pour la défense des plus précaires, des sans abris, des enfants, contre le classisme, contre la capitalisme, contre le néolibéralisme, contre l’exclusion,… contre le validisme, contre l’homophobie, contre la transphobie, contre le masculinisme, contre le racisme, contre l’islamophobie, contre l’antisémitisme, contre le colonialisme, contre l’impérialisme…

Nos luttes contre tout

La liste de nos engagements à gauche est longue et pourrait se résumer à une lutte contre toutes les formes d’exploitations de l’être humain par lui-même, élargie à l’exploitation humaine du vivant en général, et même l’extractivisme qu’il exerce sur la planète : tous phénomènes qui consistent en un rapport de domination.

Mais pas moi, pas nous 😇 !

Pas nous ? Vraiment ?

Et parce que nous sommes contre tous ces rapports de domination, parce que nous en sommes conscient•es et que nous alertons les autres sur ces sujets, nous n’en serions ni auteur•es, ni responsables ?

Cela nous dédouanerait de toute co-responsabilité, de toute implication, de tout conditionnement, de toute construction, même inconsciente ?

Comme si nous, parce que nous sommes militant•es et conscient•es de ces rapports de domination, nous nous en absolverions ???Vivement le paradis des militant•es de gauche alors !

Il se dit : « Les rapports de domination existent, mais moi… je suis féministe, je suis ouvrier, je suis prolétaire, je suis opprimé, je suis non-Blanc, je suis femme, j’ai grandi avec des femmes, mon père qui m’a élevé est féministe, je suis marxiste,… pas moi, pas nous ! »

Pas entre nous

Et puis : « Pas de ça entre nous. Nous, nous sommes du bon coté de la barricade, il n’y a pas de rapport de domination entre nous. Nous échangeons et militons ensemble en toute bienveillance. »

Dépolitiser ?

Et aussi : « Il n’y a pas de rapport de domination inconscient. »

Et enfin : « Analyser la lutte et les rapports militants par le prisme de la psychologie, c’est dépolitiser la lutte. L’analyse psychologisante est dépolitisante. »

« L’analyse psychologisante [serait] dépolitisante » ?

Eh bien je le dis haut et fort : « Même moi ! »

Moi qui suis femme, non-blanche, précaire, à l’intersection de plusieurs ensembles de population dites « dominées », je peux être « dominante » et exercer ce rapport de domination, souvent inconsciemment,…

… précisément parce que je suis consciente qu’ils existent, que je peux en être la cause : cela me conduit à y être hyper-vigilante.

Tout comme je suis suis hyper-sensible à ceux qui s’exercent sur moi, y compris dans mes activités militantes.

Même moi ! Même nous ! sans le vouloir…

Nul n’y échappe, pas même nous militant•es de gauche.

Nous pouvons, parce que nous y sommes sensibles et éveillés, réduire autant que faire se peut la teneur dominante de nos actions, de nos discours, de nos mots,…

… mais même avec toute la bienveillance et les meilleurs intentions du monde, nous pouvons, sans nous en apercevoir, exercer un rapport de domination envers l’autre, même en milieu militant, même dans un cadre de confiance et de camaraderie.

Re-politiser !

Et non, l’analyse psychologique des rapports de domination inconscients en milieu militant du point de vue des dynamiques collectives, ce n’est pas dépolitiser le débat, au contraire !

C’est permettre à chacun de s’engager individuellement et en profondeur dans ce processus d’émancipation collective que nous appelons toustes de nos vœux, de par les valeurs humanistes que nous partageons.

L’exigence révolutionnaire

C’est choisir d’avoir la même exigence vis-à-vis de soi-même que vis-à-vis de l’autre. C’est sortir de la posture du « donneur de leçon », moralisatrice.

C’est commencer par se changer soi-même, pour changer le monde.

C’est commencer la révolution de l’intérieur (de soi et du collectif militant), pour qu’elle puisse s’étendre à l’extérieur et au plus grand nombre.

Exemplarité et indulgence

C’est tendre vers une forme d’exemplarité tout en sachant qu’elle est difficile à atteindre à l’échelle d’une vie humaine. C’est se rappeler à chaque instant aussi que nous ne sommes pas parfaits, et que même nous, qui aspirons au meilleur de nous-même et de l’Humanité, nous ne sommes pas exempts du fonctionnement de nos conditionnements inconscients, nous ne sommes pas parfaits, nous pouvons commettre des erreurs.

« Errare humanum est, perseverare diabolicum »

Dominant.es et dominé.es, quel équilibre ?

Suivant les contextes et les personnes en présence desquels nous sommes, nous sommes toutes et tous tour à tour dominant ou dominé, oppresseur ou opprimé.

Y a-t-il un point intermédiaire ?
Une position neutre ?
Un équilibre possible qui permette notre émancipation collective ?

Et de tendre vers une Égalité la plus juste et parfaite possible ?

LIRE POUR APPROFONDIR :

  • Je suis la Mulâtresse Solitude, 2020, in Le Chat Radical (carnets en ligne),
  • KROPOTKINE, L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902).

Violence

La doxa, communément admise,
Agamemnon, alias Eschyle, a dit :

« La violence a coutume d’engendrer la violence. »

dixit Agamemnon dans la pièce du même nom de Eschyle, dramaturge grec [525-456 avant J.C.]

Le point de vue “bourgeois” :

« Je ne peux pas admettre la violence, même contre la violence. »

dixit Roger Martin du Gard, écrivain, dramaturge français [1881-1958]

Non-violence

Le chantre de la non-violence, Mahatma Gandhi [1869-1948] :

« La victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite,
car elle est momentanée. »

« La non-violence ne consiste pas à renoncer
à toute lutte réelle contre le mal.
C’est au contraire, contre le mal, une lutte plus active
et plus réelle que la loi du talion. »

Paradoxe

Pourtant, la violence, n’est-elle pas, parfois, le seul recours de celles et ceux qui sont opprimé.es par la violence “sourde” et silencieuse des institutions “bourgeoises” ?

Violence première, comme système

Frantz Fanon [1925-1961], psychiatre martiniquais, analyse :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser,
n’est pas un corps doué de raison.
Il est la violence à l’état de nature
et ne peut s’incliner que devant
une plus grande violence. »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Frantz Fanon nomme l’indicible : la colonisation n’est pas une mission civilisatrice, mais une entreprise brutale de domination, d’exploitation, un système fondé sur l’écrasement, la dépossession, la coercition ; la violence.

Instrument pour diviser

Frantz Fanon constate que :

« Le système colonial alimente les chefferies
et réactive les vieilles confréries maraboutiques. […] »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Frantz Fanon en déduit que :

« La violence dans sa pratique
est totalisante, nationale. »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Contre-violence, comme libération

Frantz Fanon ne prône pas la violence gratuite, mais il en reconnaît la vertu cathartique. Dans un système qui nous nie, la révolte physique est souvent la première affirmation existentielle.

Frantz Fanon en conclut :

« Au niveau des individus,
la violence désintoxique.
Elle débarrasse le colonisé
de son complexe
d’infériorité. »

in Les Damnés de la Terre (1961)

Violence légitime

Réprimer la violence de celles et ceux qui sont opprimé.es par la violence des institutions,… précarité, injustices, inégalités d’accès aux soins, à l’éducation, au travail, aux transports, à l’eau, à une l’alimentation saine, à la protection sociale, aux administrations, discriminations en tout genre, etc.

Leur demander de “se calmer”, de parler moins fort, de rester polis dans leur révolte, de ne pas brûler de poubelles,…

N’est-ce pas le stade ultime de la violence ?

LIRE POUR APPROFONDIR :

  • Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre (1961),
  • Jeanette Ehrmann et Felix Trautmann, La Libération de la Violence, Force et fureur de l’émancipation selon La Boëtie et Fanon, in Hypothèses 2012, éditions de La Sorbonne, pages 273 à 288 (disponible en ligne sur Cairn.info : https://doi.org/10.3917/hyp.121.0273 ).

États-unien(ne)

[suite de Américain(e)]

Adjectif
Propre aux États-Unis d’Amérique ou à ses habitants et habitantes.

Substantif
Personne qui habite les États-Unis d’Amérique, qui y est née ou en est originaire.

Et l’Amérique ?

Cette partie du monde s’appelle ainsi d’après le prénom du commerçant et navigateur florentin Amerigo Vespucci, qui a voyagé quatre fois dans cette partie du monde, deux fois pour l’Espagne et deux fois pour le Portugal.

Amérigo

Amerigo Vespucci serait aussi l’auteur d’un ouvrage intitulé “Mundus Novus”, qui évoque le “Nouveau Monde” et lui aurait vallu l’honneur que cette partie du monde soit ainsi dénommée.

Certains historiens en contestent la paternité.

Découverte ?

Non seulement Amerigo Vespucci n’a rien découvert, car on ne “découvre” pas une partie du monde qui est déjà habitée par d’autres individus de la même espèce humaine. Il n’y a pas de “découverte”. Tout juste une rencontre culturelle.

Nouveau ?

Mais en plus ce monde n’a rien de “nouveau” pour ladite espèce humaine productrice de ce point de vue et de ce discours, puisque d’après les recherches génétiques (2008) les premiers Américains sont arrivés il y 23 000 ans, au plus, en une seule vague.

Ces premiers migrants ont investi l’Amérique du Nord. Puis il y a 13 000 ans la population d’origine s’est séparée en deux et l’une des deux s’est aventurée en Amérique du Sud.

Source : https://www.hominides.com/

Et ces peuplades humaines qui ont colonisé les premières cette partie du monde aujourd’hui dénommée Amérique, elles arrivaient d’où d’après vous ?

D’Asie de l’Est, de Sibérie !

Alors, de qui, de quoi, et d’où parlons-nous quand nous disons “américain” ?