Tous les articles par Charlotte A.

Née au siècle dernier entre Capricorne et Cancer, le fait de ne pas entrer dans les cadres me conduit à voyager, m'adapter, muter, réinventer les espaces et les temporalités de nos sociétés, à travers une pratique vitale de l'écriture, un besoin irrépréhensible d'agir, mais aussi explorer, expérimenter, questionner, comprendre, apprendre, transmettre.

UPRISING

OPÉRA REGGAE SYMPHONIQUE

et si nous nous soulevions ? tous ensemble ?
à qui profite notre peur du lendemain ?

_PITCH

Et si les conditions nécessaires pour un soulèvement révolutionnaire qui mette fin à l’exploitation de l’homme par l’homme, annonçant un nouveau cycle dans l’évolution de l’Humanité, étaient enfin réunies quand dominants et dominés s’affranchissent de leurs rapports, optant pour la coopération (plutôt que la compétition conditionnée par la mécanique néolibérale), pour finalement s’allier dans l’intérêt collectif, chacun renonçant à son intérêt personnel pour le bien commun, à travers l’expérience transcendante de l’Amour ?

_RÉSUMÉ

AUGUSTE est pauvre et sans espoir, il est exploité, dominé, maltraité par le système et ne croit plus en la possibilité d’une révolution, d’un changement, d’une émancipation, d’une transformation, tandis que EMMA est une bourgeoise rebelle et idéaliste, de la classe des exploiteurs mais qui souhaite aider les plus vulnérables ; leur rencontre provoque l’étincelle qui met le feu aux poudres et déclenche la révolution, l’émancipation des travailleurs et la destruction des mécanismes d’exploitations néolibéraux.

Les Nomades

JEU DE PLATEAU ET DE COOPÉRATION

Tout le monde a gagné quand personne n’a gagné !

Les sédentaires doivent coopérer avec les nomades pour les accueillir au mieux dans leur village.

Les nomades doivent coopérer avec les sédentaires pour subsister au mieux dans leur village.

La partie est gagnée si dans le temps imparti les nomades repartent avec ce dont ils ont besoin pour poursuivre leur voyage et que les sédentaires sont satisfaits du séjour des nomades dans leur village.

La partie est perdue si dans le temps imparti les nomades ne réussissent pas à rassembler les conditions nécessaires pour repartir et/ou si les sédentaires ne tirent pas de satisfaction suffisante du séjour des nomades dans les village.

Dans les situations intermédiaires (les nomades peuvent repartir mais les sédentaires sont mécontents, ou les sédentaires satisfaits mais les nomades coincés dans le village), la partie est perdue.

Les familles Nomades

  • Les Roms,
  • Les Circasiens,
  • Les Forains,
  • Les Punks Zicos,
  • Les Hippies,
  • Les Routards,
  • Les Touristes.
Musiciens et danseurs, culture tsigane

Les sédentaires :

  • Les commerçants,
  • Les notables,
  • Les producteurs,
  • Les artisans,
  • Les bénévoles,
  • Les résidents,
  • Les vacanciers.

Matériel de jeu :

  • un plateau de jeu à case figurant un village et ses espaces publics et privés, avec sur les cases des dalles qui se retournent pour générer des événements,
  • une timeline décomposant les jours et les semaines, avec des cartes actions pour mettre en situation les joueurs,
  • une carte descriptive par personnage, avec lesquelles il est aussi possible de jour aux « sept familles »,
  • un jeton par personnage,
  • un pion par famille nomade,
  • un dé,
  • des fiches avec grilles pour évaluer les parties,
  • un crayon.

PROJET EN COURS :

  • Rédiger les cartes actions,
  • Rédiger les descriptions, super qualités et gros défauts de tous les personnages,
  • Rédiger les effet favorable et défavorable des dalles événement,
  • Tester le jeu avec la maquette déjà fabriquée,
  • Trouver un ou une illustratrice pour éditer le jeu.

féminoïde

5 septembre 2016

J’essaye d’écrire ce roman depuis plus de quinze ans. Je l’ai commencé je ne sais plus combien de fois. J’y ai cru souvent, et me suis découragée autant de fois. J’en ai élaboré plusieurs fois le chapitrage, les péripéties. J’ai changé mille fois de stratégie en matière d’énonciation, de personnages, de style.

Aujourd’hui, après une longue et plutôt douloureuse gestation, il est né à 17h15 et s’appelle “féminoïde ou les vies secrètes de Maryline”. Il se décompose en 2 partie et un intermède, il est divisé en 13 chapitres, fait pour l’instant 47.095 mots, et j’ai encore du mal à croire que ce truc soit sorti de moi. L’accouchement a duré 51 heures, entre le 22 aout et le 5 septembre 2016, mais il faudra certainement des soins (relecture et corrections, voire modifications) avant qu’il ne soit lisible.

KARNAVAL

Quand la colère se manifeste dans la joie

Carnaval del Diablo en 2011 à Riosucio (Caldas, Colombie)

Soutenez la réalisation de mon deuxième film documentaire

Partant de mon expérience de petite fille étant née et ayant grandi en Guadeloupe, et du souvenir marquant de ce carnaval comme d’un lieu d’expression politique, il s’agit d’explorer d’autres carnavals en France hexagonale, dans la Caraïbe et dans les Amériques afin de comprendre comment se tissent les liens entre les festivités joyeuses de ces fêtes, et la colère des peuples contre les rapports de domination injustes qu’ils vivent au quotidien.

Si le carnaval a toujours été un moment de défouloir et d’inversion des rôles, la plupart d’entre eux sont devenus des fêtes folkloriques, commerciales et touristiques. Diffusé aux quatre coins du monde par le biais de la colonisation, les rencontres culturelles fondées sur la douleur et l’oppression ont généré des formes multiples et nouvelles du carnaval outre-atlantique de ce qu’il était dans ses origines européennes.

Explorer les carnavals de France hexagonale et d’Europe a pour but d’essayer de documenter ce qu’il en reste aujourd’hui, identifier les formes et les pratiques qui ont pu voyager. Explorer ceux qui fleurissent outre-atlantique permet d’établir les filiations, emprunts et hybridations de ces formes et pratiques, ce que ces carnavals inventent et transforme, pour devenir l’expression d’une autre Histoire, d’une autre condition humaine.

Calendrier de tournage 

Février 2023, j’étais de retour en Guadeloupe avec deux amis au moment du carnaval. Mardi-Gras à Basse-Terre et Mercredi des Cendres à Pointe-à-Pitre. La place de la Victoire envahie mercredi soir par la marrée humaine du groupe Akiyo : les percussions, les conques de lambi, le chant à l’unisson, la marche rapide… Mes racines sont là. C’est le point de départ de ce projet qui germait lentement en moi depuis plusieurs années.

2024, de plus en plus de manifestations politiques reprennent les codes du carnaval, de la danse, des chorégraphies, des chants, des costumes, des masques, des rythmes. Quand nous avons le sentiment de nous engouffrer dans un marasme qui nous paralyse, que la tristesse et la colère ne suffisent plus à alerter et à manifester nos revendications, il ne nous reste que la fête et la joie pour essayer d’oublier notre condition douloureuse, déprimante, et nous en évader. 

2025, premiers tournages : dans des manifestations, des mobilisations en soutien à la Palestine, et au Carnaval de Limoux, près de Carcassonne (le carnaval le plus long du monde), en mars.

2026, nous prévoyons de tourner sur plusieurs carnavals en France hexagonale : peut-être Dunkerque, Granville, plus probablement Douarnenez, Nice, Bordeaux, Limoux, entre février et mars. Si d’autres se présentent dans l’été nous envisagerons une deuxième série de tournages. Le fait est que tous les carnavals ont lieu la même semaine : difficile de se dédoubler pour tous les documenter.

2027, l’objectif est de partir en Guadeloupe et en Colombie pour documenter ces carnavals que nous connaissons : Blancos y Negros à Pasto, Carnaval del Diablo à Riosucio, celui de Baranquilla… 

Nous pensons que les carnavals du Brésil, d’Haiti, de Trinidad and Tobago, de la Nouvelle Orléans peuvent avoir aussi un intérêt dans le cadre de cette réflexion sur la dimension politique du Carnaval, mais cela se fera sur plusieurs années, vu que la principale spécificité du Carnaval, c’est qu’en général il se déroule partout dans le monde aux mêmes dates : Mardi-Gras et Mercredi des Cendres !

Publication des premiers épisodes 

En parallèle des tournages de février-mars 2026, nous allons monter et diffuser les six premiers épisodes tournés ou enregistrés (audio seul) jusqu’à 2025, qui constituent la saison un de cette série documentaire. Ce sera la contrepartie indirecte de votre soutien.

En effet, nous publierons des montages courts sur des sujets différents en fonction des lieux, époques et thèmes qui ressortent, au fur-et-à-mesure des tournages et des années, avant de produire un montage unique et final, dans un format de 52 minutes et/ou 1h30, lequel fera le bilan de l’exploration et de la réflexion menée par l’image.

Budget et financement

Les dons ponctuels ou mensuels collectés par la campagne de financement participatif sur Ulule vont nous permettre de financer :

Les tournages 2026 et 2027 

1) le transport, l’hébergement et autres frais sur les prochains tournages entre février et mars 2026,
2) les tournages qui auront lieu l’été prochain le cas échéant,
3) et surtout les frais du tournage qui nous conduiront en Colombie et en Guadeloupe entre janvier et mars 2027.

Nous publierons ici prochainement un tableau de recettes et dépenses du budget prévisionnel des années 2026 et 2027.

Le montage et la post-production 

Y figureront aussi des besoins matériels pour le montage et la post-production. Nous sommes équipés pour le tournage et le montage, mais notre équipement peut être amélioré sur certains aspects.

FAIRE UN DON MENSUEL OU PONCTUEL ICI :
https://fr.ulule.com/karnavals/

Je suis la Mulâtresse Solitude

Je vais vous raconter une histoire qui relève à mon sens du plus pur esprit pirate, une histoire vraie qui nous mène à réfléchir à la condition de pirate, et à une méthode qui lui permette d’accéder à son aspiration ultime de liberté, égalité, fraternité.

Si nous pouvons considérer que les individus de l’espèce humaine sont inéluctablement voués à se construire, individuellement, sur la base de conditionnements psychologiques et moraux dûs 1) aux pratiques sociales et culturelles du groupe humain auquel ils appartiennent, 2) à l’éducation qu’il reçoivent volontairement ou pas au sein de leur famille, l’école, etc. 3) aux principes moraux et aux croyances dictés par la religion dans laquelle ils grandissent, l’enjeu essentiel d’une vie humaine, à mon sens, est de s’émanciper, de se libérer des souffrances qu’engendrent ces conditionnements auxquels nul n’échappe.

Au-delà des conditionnements, il est des servitudes qui sont la résultante de la mécanique de puissance qui conduit les individus de l’espèce humaine à dominer ses pairs, que ce soit 1) de par leur volonté propre, 2) de par la composante compétitive de leur instinct de survie, 3) ou encore de par les circonstances qui les mettent en position de le faire. En conséquence, nous, individus de l’espèce humaine, nous alternons — dans une proportion variable selon les chemins de vie — entre position de dominant et position de dominé, et ce en fonction du lieu, de la période, des individus au contact desquels nous évoluons, et de la nature des rapport que nous entretenons avec eux. Ce rapport de domination est un fonctionnement qui, comme les autres conditionnements, mérite d’être questionné, et dont nous devons aspirer à nous émanciper.

La statue Solitude  installée dans le jardin déjà renommé en son nom en 2020, dans le 17ème arrondissement, inaugurée le 10 mai 2022, lors de la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition. Artiste : Didier Audrat.

C’est à travers la lecture personnelle, et l’évocation symbolique du personnage mythologique de la Mulâtresse Solitude, que je vais tenter de démontrer qu’une autre voie est possible que celle de la domination, dans la mesure où nous aspirons tous, d’une manière ou une autre, à la libération de nos souffrances, et l’émancipation de nos servitudes.

Mais tout d’abord, la Mulâtresse Solitude, mythe ou réalité ?

Avant d’analyser le personnage de Mulâtresse Solitude, je vais vous raconter une histoire de France qui n’est pourtant pas dans les livres d’histoire, bien que la loi Taubira du 10 mai 2001 demandait dans son article 2, que « Les programmes scolaires [accordent] à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ».

Née vers 1780, la Mulâtresse Solitude est l’une des figures historiques des rébellions de 1802 contre le rétablissement de l’autorité de Lacrosse, capitaine-général de la Guadeloupe nommé par Napoléon Bonaparte, qui avait été expulsé en octobre 1801 à la suite d’un putsch des officiers de couleur de l’armée. Le peu que l’on sait d’elle provient de l’ouvrage Histoire de la Guadeloupe d’Auguste Lacour [1805-1869].

Guadeloupéenne, elle a subi l’esclavage rétabli en France par Bonaparte. Surnommée « Mulâtresse », car elle a un père blanc et une mère noire : sa mère était une captive africaine qui a été abusée par un colon sur le bateau l’emmenant vers les Antilles. Pendant plus de vingt ans, Solitude a connu l’esclavage, les lourdes punitions, la privation de liberté et l’oppression.

Pendant la Révolution française, des émeutes ont commencé à se former en Guadeloupe au début des années 1790. Après l’exécution de Louis XVI, la Terreur s’est répandue jusqu’aux Antilles et des familles de planteurs ont été exécutées ou ont fui. Des esclaves ont commencé alors à déserter et ont formé des communautés de « Neg’ mawon » (en créole, nègres marrons).

Le 4 février 1794, la Convention a aboli l’esclavage et a fait de tous les colonisés des citoyens français ayant les mêmes droits. En 1802, huit ans après la première abolition de l’esclavage, Napoléon Bonaparte envoie donc le général Antoine Richepance en Guadeloupe. À la tête de 3.500 hommes, celui-ci a reçu pour mission de rétablir Lacrosse dans sa fonction de capitaine-général, mais aussi de désarmer tous les soldats de couleur, de déporter les officiers rebelles et de rétablir la discipline chez les anciens esclaves. Dès son arrivée, il ordonne le désarmement des soldats de couleur et les conduit à bord de ses navires. Dès lors, une rébellion orchestrée par le chef de bataillon (commandant) Joseph Ignace et les capitaines Palerme et Massoteau s’organise. Leur compagnon de lutte, Louis Delgrès, natif de Saint-Pierre en Martinique, chef de bataillon et commandant l’arrondissement de Basse-Terre, lance l’appel du 10 mai 1802 intitulé « A l’univers entier, le dernier cri de l’innocence et du désespoir ». La Mulâtresse Solitude, enceinte de quelques mois, rejoint ce combat contre les troupes de Richepance.

Après 18 jours d’un combat inégal (plus de 4.000 soldats du côté de Richepance et environ 1.000 soldats réguliers du côté des rebelles), c’est la défaite. Le 26 mai 1802, Joseph Ignace perd la bataille de Baimbridge et se donne la mort pour ne pas être fait prisonnier. Le 28 mai 1802, Delgrès et ses troupes, composées de soldats, d’officiers et de civils, parmi lesquels de nombreuses femmes, font exploser la maison Danglemont au Matouba, où ils se sont retranchés, respectant ainsi le serment qu’ils avaient fait de « vivre libre ou mourir ». Entre mai et décembre 1802, les combats et la répression des insurrections ont fait plus de 3.000 morts chez les insurgés.

L’armée française a obligé les résistants à s’enfermer dans une forteresse qu’ils ont assiégé. Ce siège fera de nombreux morts du coté des résistants : seuls quelques uns ont survécu… dont Solitude. Elle est faite prisonnière vers le 23 mai 1802, lors de la prise du camp de Palerme à Dolé. Elle est condamnée à mort mais elle n’est pas pendue lors de son arrestation, car elle est enceinte et les colons décident d’attendre qu’elle accouche pour réduire son enfant en esclavage six mois plus tard. Elle est alors suppliciée le 29 novembre de la même année, le lendemain de son accouchement, c’est-à-dire qu’elle va recevoir un supplice, allant du fouet au carcan, jusqu’à causer sa mort.

La Mulâtresse Solitude devient une légende et une figure féminine des insurgés de 1802 en Guadeloupe. Elle incarne les femmes et les mères des Caraïbes qui se sont battues en faveur de la défense des idées de liberté et d’égalité dans le contexte du système esclavagiste. Au final, peu importe qu’elle ait réellement existé : la Mulâtresse Solitude est multiple, elle est plus mythe et symbole que réalité historique, et c’est sans doute sa force.

Vous me direz donc, pourquoi s’identifier à un personnage comme la Mulâtresse Solitude ?

Pour moi c’est facile, et si vous me connaissez un peu, vous avez dû déjà comprendre pourquoi. Ce n’est pas juste parce que c’est une héroïne.

La Mulâtresse Solitude est cette femme mulâtresse, c’est-à-dire en d’autres termes moins péjoratifs, fruit du métissage entre blanc et noir, entre colon et colonisé, entre esclavagiste et esclave, entre dominant et dominé. En conséquence sa peau est plus claire, et à ce titre, elle grandit dans la maison du maître, aux côtés des enfants de celui-ci, tandis que les autres enfants sont élevés par les femmes esclaves de la plantation à l’écart de la riche demeure du maître. Par la couleur de sa peau, elle est assimilée par les uns aux colons, et par les autres aux esclaves, mais toujours au camp opposé. Elle incarne les deux camps et aucun à la fois. Elle est à la fois noire et blanche, et n’est ni noire, ni blanche. Elle est la représentation vivante du conflit de domination culturelle et raciale, et en même temps, symboliquement, sur ses seules épaules repose l’espoir d’une réconciliation des peuples et d’une émancipation de ces rapports de domination. Elle est la possibilité de mettre fin à la dualité qui réduit toutes les dynamiques complexes de notre univers à une dichotomie manichéenne et simpliste. Elle est la synthèse de la diversité, de l’ambiguïté et des paradoxes de notre Humanité.

Par ailleurs, elle est aussi cette femme qui prend les armes et s’engage dans l’action et le combat, comme un homme, dirait-on. Elle est une figure emblématique de lutte à l’intersection de deux rapports de domination qui marquent nos civilisations : celui du rapport de genre et celui du rapport de classe. Elle s’affranchit de tous les codes sociaux et culturels des groupes dont elle est issue, africains et européens, pour ancrer une posture d’individu libre de ses choix, de ses combats, de son projet de vie. Une femme indépendante et engagée, qui fonde ce que nous appelons encore dans la culture antillaise francophone, la  figure de la femme « poto-mitan » (le poteau du milieu de la case créole) : cette femme caribéenne, qui dans une culture pourtant largement imprégnée de machisme et de misogynie, met la femme-mère au cœur du foyer, responsable de sa gestion, et de l’éducation des enfants, de la transmission des valeurs et des comportements, seul repère stable pour se construire comme individu dans des familles où les pères eux, sont très souvent absents, trop occupés à semer leur graine à droite et à gauche, afin de se rétablir dans leur toute-puissance masculine dont la colonisation les a émasculés, les réduisant à des étalons reproducteurs, privés de fonction éducatrice et autoritaire dans la cellule familiale, dépossédés même du fruit de la production de leur force de travail.

Finalement la Mulâtresse Solitude est la preuve vivante que nous sommes libres quoi qu’il arrive, de nous construire suivant les modèles que nous choisissons, et les formes culturelles dans lesquelles nous nous reconnaissons, quitte à transgresser les règles et les attendus. Ensuite, le fait qu’elle, Mulâtresse Solitude, s’identifie aux opprimés plutôt qu’aux oppresseurs dans ce combat pour l’abolition de l’esclavage, indique bien que la posture de victime est plus confortable que celle de bourreau, et qu’il est souvent plus aisé de vivre une condition indigne et de pouvoir s’en plaindre dans l’espoir de s’en émanciper, que d’être assimilé dans le regard des autres à celui qui opprime, même malgré lui et de par les circonstances qui l’ont mis en telle position d’oppresseur. Enfin, à un niveau personnel, elle m’amène à repenser mes origines culturelles différemment, et à me rendre compte que, bien que m’étant toujours identifiée aux opprimés et aux victimes, me sentant souvent plus Guadeloupéenne que Française, je suis en majorité issue d’un riche héritage de lignées d’oppresseurs, de par ma mère qui est blanche, comme de par mon père qui est déjà issu du métissage.

Mais, l’émancipation du dominé est-elle possible sans celle du dominant ?

Ces dernières années et derniers mois, les débats publics dans notre société française ont été largement marqués par deux fronts de lutte qui sont plus ou moins dans la même dynamique de revendication identitaire et de désir d’affranchissement d’une condition de dominé. D’une part les mouvements féministes dénonçant les violences conjugales, le harcèlement, le viol, les violences sexuelles en général, faites aux femmes par les hommes, mais aussi les discriminations institutionnelles avec lesquelles elles doivent composer, dans le milieu du travail notamment. D’autre part les mobilisations et manifestations contre les violences policières dites racistes contre les populations françaises vivant dans les quartiers économiquement précaires et majoritairement composés d’une grande diversité culturelle, et dont la période de confinement causée par la crise sanitaire du coronavirus a pu augmenter le nombre de cas recensés. Dans un cas comme dans l’autre, les militants adoptent des discours qui les positionnent en victime, qu’indéniablement ils sont. Ces deux combats : celui des femmes, et celui des noirs, pour leur émancipation respectives, se formulent à mon sens dans des discours qui ne peuvent que maintenir les rapports de domination tels qu’ils sont. En effet, mieux que de dénoncer l’oppression des dominés par une classe ou des individus ou un genre dominant, ce qui revient à se réduire à la posture victimaire, contestataire et revendicative, qui n’ouvre sur aucun dialogue, et entretient tensions, affrontements, divisions, divergences et violence, l’enjeu clef est à mon humble avis de questionner le dominant sur sa position afin de lui permettre d’en prendre conscience et d’envisager de s’en émanciper. En quelques sorte, pour moi, crier sans relâche « je suis victime et dominé » c’est rappeler au dominant qu’ils est peut-être bourreau, mais surtout dominant, dans une situation privilégiée, confortable, à laquelle il n’a aucun raison de renoncer tant qu’il ne voit pas en quoi cela peut lui nuire (principe d’individualisme oblige).

De plus, si tant est qu’un groupe de dominés réussisse à s’émanciper, ou se retrouve par le fruit du hasard en position de domination, il n’hésitera pas à exercer et abuser de cette position et du pourvoir qu’elle lui confère, au-lieu de réformer et abolir ce rapport de domination dont il a vécu l’expérience et subi les conséquences. Pour exemple, la violence et le racisme des afro-états-uniens arrivés au pouvoir dans le nouvel état du Libéria à l’égard des peuples africains déjà présents sur ce territoire (dits autochtones), qu’ils ont méprisés, exploités, allant jusqu’à les appeler les « monkeys » (en anglais, singes), alors que eux-même, dans leur pays d’origine, les États-Unis d’Amérique, à la même époque, luttaient contre l’esclavage, et plus tard dans les années 70 au XXème siècle contre la ségrégation [pour mémoire, la république du Libéria est un état fondé en 1822 par une société américaine de colonisation (American Colonization Society, « la société nationale d’Amérique de colonisation »), pour y installer des esclaves noirs libérés].

Mais au fait, du dominant et du dominé, qui domine vraiment ?

  Si nous y réfléchissons bien, le dominant n’est-il pas aussi un peu dominé ? dépendant des travaux, tâches qu’il délègue systématiquement à ceux qu’il asservit ? dépendant de groupe d’individus sur lequel il exerce son pourvoir et qui lui confère ce pouvoir ? C’est là tout le paradoxe de l’homme libre et de l’esclave par nature dans la théorie Aristotélicienne de l’esclavage. Si certains individus de l’espèce humaine naissent par nature esclave (parce qu’ils ont la constitution physique pour les travaux manuels par exemple) et d’autres « hommes libres », destinés aux tâches intellectuelles, ARISTOTE ne nie pas la dépendance des « hommes libres » à l’égard des esclaves, ne seraient-ce que pour accomplir des tâches artisanales spécialisées pour lesquelles ils sont parfaitement incompétents puisqu’elles sont du ressort des esclaves. Et c’est là que le dominé a un certain pouvoir sur le dominant. Et c’est la raison pour laquelle les sociétés esclavagistes modernes se sont attachées à éduquer le moins possible les populations esclaves : pour qu’il ne leur vienne pas à l’idée que ce pouvoir qu’ont les dominants est finalement plutôt fragile, et que leur compétences techniques constituent en soi un pouvoir qui pourrait renverser le rapport de domination.

C’est la dialectique du maître et de l’esclave chez Emmanuel KANT [1724-1804] tel que l’interprète Georg Wilhelm Friedrich HEGEL [1770-1831] dans La Phénoménologie de l’Esprit (1807). L’esclave est l’être qui, transformant la Nature, accède à l’objet dans son côté actif. Le maître, qui pour sa part ne travaille pas mais fait réaliser, vit immédiatement dans la jouissance de l’objet consommable : il ne connaît que son aspect passif. Il apparaît que l’esclave, travaillant (réalisant) à transformer le monde humain, se transforme lui-même et revendique son autonomie au monde naturel dans sa transformation humaine du monde, tandis que le maître se rend étranger à son monde, qu’il ne reconnaît plus dans la reconnaissance qu’en fait l’esclave. En effet, celui-ci, s’appuyant sur le produit de son travail, peut renverser le rapport de domination pour se retrouver dans l’accomplissement du monde humain : l’égalité.

C’est le pouvoir qu’ont les travailleurs, salariés et ouvriers qualifiés, sur les patrons des grandes entreprises et industries : tant qu’ils ne sont pas remplaçables par des machines automatiques et numériques, ils peuvent bloquer toute la production, et donc l’économie qui profite au dominant, pour obtenir gain de cause quant à leurs conditions de travail. Dans leur force de travail repose théoriquement leur potentiel pouvoir de domination, même si dans la réalité les situations sont bien plus complexes que cela, notamment avec le volume des demandeurs d’emploi qui, s’ils réussissent à acquérir les compétences requises peuvent remplacer au pied levé, ici ou ailleurs dans le monde, et parfois pour un salaire bien plus bas, les travailleurs qui oseraient déstabiliser l’économie de profit du dominant.

La clef de l’émancipation de ce rapport de domination par le travail ne serait-il donc pas de s’affranchir du travail lui-même ? Ne faudrait-il pas redéfinir le travail en y incluant toutes ces activités artistiques, sociales, solidaires, bénévoles qui contribuent à l’émancipation des individus, à leur enrichissement personnel et à leur épanouissement au-delà de l’économie de marché ? Ne serait-il pas tant de valoriser d’une manière ou d’une autre toutes ces contributions qui font la différence, et qui loin de jouer le jeu de la logique compétitive de l’interprétation sociale de la théorie darwinienne de la survie des espèces, repose sur son pendant collaboratif, si bien défendu par Piotr Alexeïevitch KROPOTKINE [1842-1921] dans L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902) ?

Timbre de la Mulâtresse Solitude, vente générale : 16 mai 2022, retrait de la vente : 30 septembre 2023, valeur faciale : 1.16 €, affranchissement le plus courant : Lettre verte 20g pour la France, Andorre et Monaco. Création : Geneviève Marot.

Mais quel rapport avec la Mulâtresse Solitude, me direz-vous ?

Eh bien tout ! C’est elle, qui rend possible ce pas de côté qui permet au dominé d’esquiver, de s’affranchir du rapport, de la tension qui le lie au dominant, et inversement, au dominant de se déplacer de sa position confortable vers celle de l’autre, pour prendre conscience du rapport de domination qui les relie et qui lui profite. C’est elle qui rend possible la dissolution des rapports de domination. Parce qu’elle incarne et symbolise en une seule et même personne ce paradoxe du dominant et du dominé, seule elle, peut, dans un premier temps reconnaitre la condition des deux parties, victimes et bourreaux, pour les réconcilier, et dans un deuxième temps envisager, concevoir, élaborer la voie de l’émancipation, au-delà de tout rapport de domination, afin que se construise un nouveau rapport, qui requiert un engagement mutuel des deux parties, pour qu’elles ne constituent plus qu’une seule et unique communauté, prête à avancer sur les bases de la logique de collaboration, et non pas de compétition, afin de permettre la survie de l’espèce et son évolution.

Cette dissolution du rapport de domination par la posture réconciliatrice du bourreau et de la victime que permet la Mulâtresse Solitude n’est possible qu’à condition de ne pas lui substituer le troisième rôle du triangle dramatique Karpman qui vient compléter ceux de bourreau et victime : celui du sauveur. En effet, ce dernier participe lui aussi au rapport de domination bourreau/victime, en prenant le pouvoir sur ces derniers dans sa démarche, fusse-t-elle de bonne foi, de vouloir mettre fin aux souffrances de la victime et d’ouvrir les yeux au bourreau sur sa fonction dominatrice. Ce pouvoir que lui confère cette fonction de sauveur est le piège dans lequel il ne faut pas tomber en voulant s’abstraire des rapports de domination.

Et si nous situons bourreau, victime et sauveur sur un même plan, le seul moyen d’échapper à ces rapports de pouvoir, est de prendre de la distance par rapport à ce plan, vers un quatrième point qui serait le sommet de la pyramide ainsi formée ; tout en veillant à ce que ce quatrième point, à distance, ne devienne pas lui non plus une posture de supériorité et de domination, mais bien celle du méditant en pleine conscience qui, assis au bord de la rivière, regarde passer le torrent de ses pensées et de ses émotions. Une pyramide sans polarité, sans point cardinal, sans orientation spatiale. Comme un tétraèdre irrégulier dont une des faces porterait les sommets B (bourreau), V (victime) et S (sauveur).

Le symbole de Mulâtresse Solitude est celui-ci : au-delà des rapports de domination, en prenant de la distance, du recul, de la hauteur, en se détachant complètement et en évitant de ne plus jamais adopter ni la posture de victime, ni celle de bourreau, et pas même celle de sauveur.

S’émanciper c’est accepter sa condition, ses contradictions, ses souffrances mais aussi ses torts, volontaires ou involontaires, pour vivre avec, sans porter l’histoire dont nous sommes le fruit comme un poids, mais comme une facette de ce qui constitue notre identité, sans pour autant s’y identifier, afin de passer au-delà, à autre chose, à ce que nous choisissons, à ce que nous décidons de construire.

La Mulâtresse Solitude, c’est ce symbole de la possible réconciliation des êtres que tout sépare parce que ce qui les relie c’est précisément un rapport d’opposition, le côté face et le côté pile de la pièce, le noir et le blanc du pavé mosaïque. Elle est l’espace entre qui permet d’échapper à la dualité.

Alors oui, dans mes meilleurs jours (c’est-à-dire pas ces temps-ci), je suis la Mulâtresse Solitude. Elle vit en moi et me montre la voie. Et je ne peux que vous inviter, à méditer ce symbole d’émancipation qu’est la Mulâtresse Solitude.

Les Semailles [2022]

FICHE TECHNIQUE

Durée : 1h41
Réalisé en juin 2016 – Montage finalisé en février 2022
Entretiens : Anouk Ribas & Charlotte Aristide
Montage : Anouk Ribas & Charlotte Aristide
Mixage son : Eric Munch / Virtuel Audio
Production : Anouk Ribas & Charlotte Aristide

RÉSUMÉ

Juin 2016 – L’école élémentaire Jean Rostand de Javrezac près de Cognac célèbre sa dernière fête de fin d’année. Pendant près de 40 ans cette école publique a enseigné de la maternelle au CM2 en pratiquant les techniques Freinet et la Pédagogie Institutionnelle. Cette école comptait une soixantaine d’élèves répartis en trois classes: classe de Moyenne Section-Grande Section-CP de Colette Bordas, classe de CE1-CE2 de Christelle Baron, et classe de CM1-CM2 d’Annick Marteau, directrice de l’école. Les entretiens de ce film ont été réalisés fin juin 2016, deux semaines avant la fermeture définitive de l’école. Les moments de classe ont été filmés à la demande des enseignantes, afin d’analyser et de partager leurs pratiques. Ces enregistrements sont plus centrés sur les moments de parole que sur les temps d’exercice. Ils n’étaient pas destinés à une diffusion publique.

LOCATION / ACHAT EN VOD

TOUT À PROPOS DU FILM + BONUS

Sur le site officiel du film : https://lessemailles.fr/

Haikus confinés [2020]

Séries de vidéos filmées avec mon téléphone depuis les deux fenêtres de ma chambre dans la maison familiale en Dordogne où j’ai passé les 55 jours de confinement de mars à mai 2020 lors de la crise sanitaire du covid-19, avec ma mère. Le son se limite à celui de la nature. L’image elle est traitée légèrement en texture, contrastes, saturation… Chaque montage court accompagne ou est accompagné d’un poème court centré sur les sensations et émotions que provoque l’instant et le phénomène décrit par le film, d’où le titre de Haïku suggéré par un ami.

La playlist YouTube est composée de :

  • Pluie de printemps,
  • Soleil de sieste,
  • Ce vent qui m’emporte,
  • Lueurs célestes d’insomnies,
  • L’instant Thé.

Quelques images de Sept ans en Colombie [2007-14]

Cette sélection de 30 photos correspond au cahier central de mon livre intitulé « Sept ans en Colombie, coups de coeurs et coups de gueule », un texte hybride entre le carnet de voyage, le récit et une analyse de la culture et de la situation sociale, économique et politique d’un pays très attachant où j’ai vécu, comme le titre l’indique, pendant sept belles années, jusqu’à ce que notre relation (la Colombie et moi) ne s’épuise, et que je m’en aille pour de nouveaux horizons.

LIRE LE RÉCIT DE VOYAGE :

Carlotta en America del Sur [2002-03]

Sélection de 32 photos extraites des 40 rouleaux de pélicules utilisés pendant les six mois de voyage sur les routes d’Amérique du Sud entre octobre 2002 et mars 2003. Prise de vue en argentique noir et blanc. Photos développées et tirées moi-même en laboratoire.

Retrouvez le carnet de voyage sur : http://carlotaenamerica.canalblog.com

LIRE LE RÉCIT DE VOYAGE :

La Mort du Bâtiment

La mort du bâtiment, c’est supposer que les objets architecturaux ont une vie, suivent des cycles, et que certaines de leurs formes ne trouvant plus de fonction sont dévitalisés. C’est identifier ce qui peut être mortifère dans certaines formes architecturales. C’est envisager une conception autre du bâtiment, comme un élément organique, qui s’inscrit dans des cycles en lien étroit avec le temps.
La recherche se construit sur des lectures et réflexions philosophiques, dont on retrouve des traces écrites dans les articles en annexe, les récits de fiction s’appuyant eux sur des articles de presse, des travaux d’historiens, mais aussi des souvenirs de l’auteure et sa connaissance vécue de la culture guadeloupéenne.

Reliures : Dos carré collé
Formats : 21×29,7 cm
Pages : 182
Impression : Noir et blanc

EN VENTE SUR
Version Papier : 13,40€ / Version PDF : 5,30€