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Que faisons-nous contre ces impérialismes qui reprennent force et vigueur ?

Si l’enlèvement du Président de la République Bolivarienne du Vénézuela par les forces armées des États-Unis d’Amérique sur ordre de son Président le 3 janvier 2026, suivi des menaces proférées par ce dernier d’envahir ou d’acheter le Groënland (territoire et peuple lui-même sous domination du Danemark), ainsi que plusieurs autres pays des continents Américains, comme la Colombie, ou Cuba… si ces derniers événements de l’actualité politique internationale qui relèvent explicitement d’actes impérialistes/coloniaux font grand bruit dans les médias et sur les réseaux sociaux, serait-ce, parce que la forme, les procédés, les propos tenus par leur auteur, choquent par leur brutalité et leur irrespect des conventions diplomatiques ? ou bien est-ce que nous désapprouvons profondément le fond, les intentions, la finalité d’une telle démarche ?

États-Unis-Venezuela : la capture sidérante de Maduro – Cam de la Fu (Venezuela)
Source : https://www.cartooningforpeace.org/)

Quelques définitions :

Le colonialisme et l’impérialisme sont deux mots pour un même phénomène : la politique et stratégie de domination d’un pays ou de plusieurs pays par un autre, que ce soit par des moyens militaires, culturels et/ou économiques.

Ce qui est nommé et considéré comme « les civilisations » ont presque toutes eu à un moment ou à un autre de leur histoire des velléités d’expansion territoriale, reposant sur l’extractivisme à outrance des ressources et l’exploitation de moyens de production et de forces de travail humaines non rétribués, ou peu rétribué, à savoir l’esclavagisme.

Colonialisme : doctrine visant à légitimer l’occupation, la domination politique et l’exploitation économique de territoires par certains États. (Source : Le Robert) Synonyme : impérialisme.

Impérialisme : politique d’un État visant à réduire d’autres États sous sa dépendance politique et/ou économique. (Source : Le Robert)

Si le colonialisme est toujours lié à une conquête territoriale, l’impérialisme ne l’est pas forcément, mais peut consister en une domination culturelle, économique et/ou politique par exemple. Des puissances européennes comme la France et l’Angleterre ont été de puissants empires coloniaux.

Histoires impérialistes : l’éternel cycle de l’Humanité

L’histoire de l’humanité telle qu’elle nous est enseignée en France, en Europe, en « occident », dans le camp des « puissants » et des « dominants », est essentiellement constituée du récit de ces conquêtes territoriales, des invasions qui en découlent lorsque les conquêtes ne sont pas à notre bénéfice, du récit des vies de ces grands hommes qui ont mené ces guerres tout en nous gouvernant, nous le peuple, qui les ont gagnées ou perdues, et des sacrifices payés par le peuple pour satisfaire la soif de domination et de pouvoir de cette classe d’hommes qui écrivent l’histoire avec un grand H, parce qu’ils la dominent. À noter que les gens du peuple, qui payent le prix de ces guerres, sont évoqués par leur nombre, jamais par leurs actes héroïques, ni par leurs noms. Ils sont disparaissent dans le nombre des victimes, fondus dans la masse.

Même si nous pouvons compter quelques rares femmes parmi ceux qui mènent ces politiques impérialistes (comme Margaret Thatcher pour ne citer qu’elle), reconnaissons qu’elle sont la plupart du temps exclues de cette classe dominante, ou alors instrumentalisées au service de ces causes, et que rares sont les cas faits de celles et ceux qui constituent la masse spoliée, dominée, exploitée, qui comptent des hommes, des femmes, des enfants, pauvres, n’ayant pas le choix, mobilisés et enrôlés sous la contrainte (économique, idéologique). Rares sont les fois où l’histoire officielle fait cas de ceux qui souvent résistent pour conquérir eux, non pas plus de terres et de richesses, mais juste un peu de liberté et d’égalité.

Et ce sans compter la majorité des gens, qui n’étant pas touchés de près ou concernés par ces actes colonialistes et impérialistes, soit n’en sont pas informés (ou sont désinformés par une habile propagande), soit ne s’y intéressent pas, ne serait-ce que parce qu’ils ont d’autres priorités à gérer dans l’urgence liée à leurs propres conditions fragiles d’existence et de subsistance.

Bref, les États-Unis d’Amérique de sont pas le seul pays à avoir une volonté hégémonique sur le reste du monde. Loin de là. L’histoire de l’humanité est jalonnée d’exploits impérialistes et colonialistes.

Ces quelques cartes d’empires à leurs apogées en sont le témoin (liste non exhaustive, incluant les empires Romain, Saint-Romain Germanique, Ottoman, Arabo-musulmans, Mandingue ou Bambara, Russe, Chinois, Prusse, Aztèque, Maya, etc…) :

Par exemple, le schisme de 1054, entérine la séparation territoriale et linguistique entre l’Église de Rome d’Occident et l’Église de Constantinople d’Orient. Il est question alors de pacifier les relations entre de Pape de Rome qui veut imposer le rite latin (catholique) et le patriarche de Constantinople qui impose la pratique du rite grec (orthodoxe). Pourtant ce schisme correspond peu ou proue aux Empires Carolingien et Byzantin qui se partagent tout l’Ouest de l’Eurasie à l’époque, et à la séparation des empires Romain d’Orient et Romain d’Occident depuis 365 :

Entre le IVème et le XIème siècle, les empires qui se constituent de part et d’autres conduisent à la séparation progressive entre ce qui correspond aujourd’hui à ce qu’on appelle « occident » de ce que l’on appelle le « moyen orient », au point de faire de la plaque continentale Eurasiatique, deux continents distincts : l’Europe et l’Asie ; ce qui constitue, si nous y réfléchissons bien, une simple construction culturelle, et en aucun cas un état de fait géographique ou géologique.

Quand les colons se partagent le gâteau

Après la « conquista » espagnole sur le continent américain (pour rappel, le canal du Panama qui sépare le Nord du Sud est une construction humaine), les royaumes d’Espagne et du Portugal se sont littéralement partagés ce qu’ils appelaient « le nouveau monde » par le traité de Tordilla signé en 1494 (pour rappel, Christophe Colomb a mis la première fois le pied en aux « Indes d’Amérique » en 1492 : ils n’ont pas perdu de temps !) :

Ce n’est que le premier acte d’un accord entre empires coloniaux pour se partager le gâteau. Par la suite, la course impérialiste à la conquête des territoires sur tous les continents, entre pays européens, va se renforcer et s’étendre sur toute la planète au bénéfice de la Révolution industrielle. L’impérialisme est corrélé au capitalisme libéral et prédateur. Grands industriels et grandes nations travaillent de concert pour s’approprier les richesses du monde.

Ci-dessous les grands empires coloniaux du XVème au XVIIème siècle, puis en 1914 et en 1945 :

Evolution des formes du colonialisme

Au XIXème siècle, un discours anti-colonialiste, celui de Monroe, président des États-Unis d’Amérique, va paradoxalement justifier des actes impérialistes états-uniens au siècle suivant.

En effet, le 2 décembre 1823, lors de son septième message annuel au Congrès des États-Unis, le président américain, James Monroe, a prononcé quelques phrases plus particulièrement destinées aux puissances européennes : « les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation », « toute intervention européenne dans les affaires des Amériques sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix », et « les États-Unis, en contrepartie, n’interviendront pas dans les affaires européennes ».

En fait, la doctrine Monre est utilisée par les gouvernants des États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace, surtout l’URSS pendant la guerre froide mais aussi, la Chine actuellement.

Les États-Unis d’Amérique ont ainsi prétexté « devoir » intervenir de nombreuses fois dans de nombreux pays du monde et très souvent en Amérique Latine, pour lutter contre la volonté d’hégémonie idéologique et économique du bloc communiste et pour défendre des politiques libérales à leur avantage, sous couvert de préserver la liberté dans ces pays. Souvent à l’origine, il n’y a pas anguille sous roche, mais pétrole ou autre minerais convoité sous ces airs de « gentils gendarmes du monde »…

Le colonialisme s’est donc travesti peu à peu sous la forme de discours pour la défense des libertés fondamentales des peuples et surtout, la liberté de consommer des produits états-uniens, et de laisser des industriels états-uniens exploiter les ressources de leurs territoires : une forme d’impérialisme économique et culturel bien plus pernicieux que le colonialisme décomplexé du XIXème siècle.

Il faut dire qu’au XIXème siècle, le colonialisme est encore bien vu : les Nations puissantes et dominantes apportent la « civilisation » aux peuples « primitifs » de contrées éloignées (progrès techniques, infrastructures routières, hospitalières, éducatives, appareils administratifs, juridiques, législatif, politique, organisation policière et militaire, etc.). En échange, elles s’accaparent les territoires, les ressources et les peuples qui y vivent.

États-Unis-Venezuela : la capture sidérante de Maduro – Cam de la Fu (Venezuela)
Source : https://www.cartooningforpeace.org/

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, pourtant, un discours domine, qui veut que toute forme de colonialisme et d’impérialisme explicite soit illégitime, illégal, irrecevable. Ça n’est plus « bien vu » d’envahir, d’accaparer des territoires, de mettre sous gouvernance politique et/ou économique des peuples et leurs territoires.

Seuls l’exploitation humaine et l’extractivisme des ressources par des voies commerciales passe sous les radars de la bien pensance du droit international, sous prétexte d’accords bilatéraux qui bénéficieraient à toutes les parties, ou juste sous prétexte du libre échange…

Les règles anti-impérialistes du droit international

Dans le cas de l’opération américaine du 3 janvier 2026 au Venezuela, ayant pour objectif « l’arrestation » du président Nicolás Maduro, est constitutive de plusieurs violations flagrantes du droit international, qui font suite à une série de menaces de recourir à la force contre ce même pays, menaces elles aussi illicites au regard de la Charte des Nations Unies.

Quatre règles au moins ont été bafouées d’après Raphaël Maurel, Maître de conférences HDR en droit public à l’Université de Bourgogne et membre de l’Institut universitaire de France :

  • l’obligation de régler tout différend international par des moyens pacifiques (article 2§3 de la Charte des Nations Unies) ;
  • l’interdiction de porter atteinte à l’intégrité territoriale (principe de non-intervention) et à l’indépendance politique (principe de non-ingérence) d’un État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
  • l’interdiction de recourir à la force contre un autre État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
  • les immunités reconnues par le droit international coutumier à tout chef d’État : celles-ci sont garanties même en cas de contestation interne comme externe de la légitimité du chef d’État ; celui-ci ne peut, en aucun cas, être l’objet d’une arrestation et d’un jugement devant une juridiction étrangère au cours de l’exercice de son mandat, et ce « pour toute infraction qu’il aurait pu commettre, quelle qu’en soit la gravité ». [source]

Les arguments juridiques pour justifier une telle intervention et ingérence dans les affaires d’un pays étranger ne tiennent pas la route. Je ne les développerai pas ici : ce n’est pas mon sujet aujourd’hui. Si cela vous intéresse, je vous invite à lire l’intégralité de l’article sur le site internet source :

LIRE L’ARTICLE : Opération américaine au Vénézuéla : que dit le droit international ? sur Le Club des Juristes, l’actualité sous le prisme du droit.

Un impérialisme peut en cacher un autre…

Mais les États-Unis d’Amérique ne sont pas la seule nation au XXème siècle à avoir mené une politique impérialiste et interventionniste sous couvert de défense de la liberté des peuples… et dans le but final de mieux exploiter leurs ressources.

La France entretient des rapports de domination économiques forts avec les pays qui constituaient son empire colonial et qui ont été aujourd’hui officiellement émancipés, leurs peuples gagnant ainsi une très fragile souveraineté.

Depuis 2022, plusieurs anciennes colonies françaises en Afrique ont dénoncé les accords de défense avec la France, entraînant le retrait d’une grande partie des forces armées françaises du continent africain, présentes depuis 1960. En l’espace de seulement deux ans, ces forces armées ont été contraintes de quitter le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, et ont perdu des alliés aussi solides que la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Le président de la République française, François Mitterrand (de 1981 à 1995), aux côté président du Burkina-Faso (ex-colonie française jusqu’à 1960 et ex-République de Haute-Volta jusqu’à 1984), Thomas Sankara (de 1983 à 1987).

Ces accords étaient souvent assortis de clauses secrètes qui ont permis à la France d’intervenir militairement : pour secourir des régimes afin d’asseoir la légitimité de pouvoirs politiques favorables à ses intérêts, lutter contre le djihadisme – notamment au Sahel dans le cadre des opérations SERVAL (2013-2014) et BARKHANE (2014-2022) – ou mettre un terme à des guerres civiles.

Le départ des troupes françaises du continent africain signe la fin d’un monde : celui des interventions au Tchad, au Togo, au Gabon, au Rwanda, à Djibouti, au Zaïre, en Somalie, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Libye et au Cameroun. Il marque aussi la fin de la « Françafrique ».

Et pendant que l’impérialisme français se fait chasser d’Afrique, c’est l’influence russe qui grandit avec ses milices de mercenaires Wagner, et l’influence chinoise qui s’étend avec ses investissements commerciaux massifs.

Chine, état critique : au centre de la mondialisation, par Philippe Rekacewicz, rubrique carte « manière de voir » in Le Monde Diplomatique n°123, juin-juillet 2012

Sommes-nous vraiment sortis de la guerre froide entre le bloc impérialiste états-unien, dit le bloc de l’Ouest et celui de l’Est, incarné aujourd’hui par la puissance économique de la République Populaire de Chine, un des derniers régimes communistes ayant survécu du bloc soviétique à la fin du rideau de fer et à dissolution de l’URSS ?

Peuple qui ne dit mot consent ?

Et nous ? Qu’en disons-nous, nous peuple français, citoyens français constitués de mille et unes facettes culturelles réunies sur ce territoire en partie par cette histoire coloniale et impériale ?

Comment pouvons-nous garder le silence aujourd’hui quand des industriels français comme Bolloré, Castel ou d’autres utilisent leur pouvoir économique pour mieux exploiter les ressources humaines et minières des ex-colonies françaises dans le monde et particulièrement sur le continent africain ?

Que n’avons-nous pas plus soutenu les peuples des territoires des ex-colonies de l’Empire français ? Pourquoi ne les soutenons-nous pas plus aujourd’hui ?

Pourquoi nous est-il plus facile de nous mobiliser contre l’impérialisme états-unien au Vénézuela, ou contre le colonialisme du gouvernement israélien à Gaza et en Cisjordanie, que contre l’impérialisme ou le néo-colonialisme français, aux Antilles, à Mayotte, en Kanaky…?

Pourquoi ne sommes-nous pas plus solidaires des peuples ciblés par les velléités colonialistes et impérialistes des nations riches et puissantes auxquelles nous appartenons ? Pourquoi ne nous sentons-nous pas plus concernés ?

Aujourd’hui ce sont eux. Demain ce sera nous. La roue tourne. Les nations puissantes et décadentes d’aujourd’hui sont en train de se laisser conquérir progressivement par les nations émergentes qui jouent le jeu des rapports de force économiques et politiques.

Aujourd’hui ce sont eux, à l’échelle internationale des rapports de domination entre nations. A une autre échelle, celle de la politique intérieure, c’est déjà nous. Nous sommes nous, le peuple, déjà dans la plupart des cas les perdants de ce jeu des rapports de domination entre classes plus riches et moins riches. Nous sommes déjà les travailleurs exploités de cette mécanique capitaliste libérale qui broie les individu pour s’enrichir plus et asseoir son pouvoir par la force économique.

N’avons nous pas un devoir d’indignation et de résistance à ces rapports de domination quels qu’ils soient à toutes les échelles ?

Je suis la Mulâtresse Solitude

Je vais vous raconter une histoire qui relève à mon sens du plus pur esprit pirate, une histoire vraie qui nous mène à réfléchir à la condition de pirate, et à une méthode qui lui permette d’accéder à son aspiration ultime de liberté, égalité, fraternité.

Si nous pouvons considérer que les individus de l’espèce humaine sont inéluctablement voués à se construire, individuellement, sur la base de conditionnements psychologiques et moraux dûs 1) aux pratiques sociales et culturelles du groupe humain auquel ils appartiennent, 2) à l’éducation qu’il reçoivent volontairement ou pas au sein de leur famille, l’école, etc. 3) aux principes moraux et aux croyances dictés par la religion dans laquelle ils grandissent, l’enjeu essentiel d’une vie humaine, à mon sens, est de s’émanciper, de se libérer des souffrances qu’engendrent ces conditionnements auxquels nul n’échappe.

Au-delà des conditionnements, il est des servitudes qui sont la résultante de la mécanique de puissance qui conduit les individus de l’espèce humaine à dominer ses pairs, que ce soit 1) de par leur volonté propre, 2) de par la composante compétitive de leur instinct de survie, 3) ou encore de par les circonstances qui les mettent en position de le faire. En conséquence, nous, individus de l’espèce humaine, nous alternons — dans une proportion variable selon les chemins de vie — entre position de dominant et position de dominé, et ce en fonction du lieu, de la période, des individus au contact desquels nous évoluons, et de la nature des rapport que nous entretenons avec eux. Ce rapport de domination est un fonctionnement qui, comme les autres conditionnements, mérite d’être questionné, et dont nous devons aspirer à nous émanciper.

La statue Solitude  installée dans le jardin déjà renommé en son nom en 2020, dans le 17ème arrondissement, inaugurée le 10 mai 2022, lors de la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition. Artiste : Didier Audrat.

C’est à travers la lecture personnelle, et l’évocation symbolique du personnage mythologique de la Mulâtresse Solitude, que je vais tenter de démontrer qu’une autre voie est possible que celle de la domination, dans la mesure où nous aspirons tous, d’une manière ou une autre, à la libération de nos souffrances, et l’émancipation de nos servitudes.

Mais tout d’abord, la Mulâtresse Solitude, mythe ou réalité ?

Avant d’analyser le personnage de Mulâtresse Solitude, je vais vous raconter une histoire de France qui n’est pourtant pas dans les livres d’histoire, bien que la loi Taubira du 10 mai 2001 demandait dans son article 2, que « Les programmes scolaires [accordent] à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ».

Née vers 1780, la Mulâtresse Solitude est l’une des figures historiques des rébellions de 1802 contre le rétablissement de l’autorité de Lacrosse, capitaine-général de la Guadeloupe nommé par Napoléon Bonaparte, qui avait été expulsé en octobre 1801 à la suite d’un putsch des officiers de couleur de l’armée. Le peu que l’on sait d’elle provient de l’ouvrage Histoire de la Guadeloupe d’Auguste Lacour [1805-1869].

Guadeloupéenne, elle a subi l’esclavage rétabli en France par Bonaparte. Surnommée « Mulâtresse », car elle a un père blanc et une mère noire : sa mère était une captive africaine qui a été abusée par un colon sur le bateau l’emmenant vers les Antilles. Pendant plus de vingt ans, Solitude a connu l’esclavage, les lourdes punitions, la privation de liberté et l’oppression.

Pendant la Révolution française, des émeutes ont commencé à se former en Guadeloupe au début des années 1790. Après l’exécution de Louis XVI, la Terreur s’est répandue jusqu’aux Antilles et des familles de planteurs ont été exécutées ou ont fui. Des esclaves ont commencé alors à déserter et ont formé des communautés de « Neg’ mawon » (en créole, nègres marrons).

Le 4 février 1794, la Convention a aboli l’esclavage et a fait de tous les colonisés des citoyens français ayant les mêmes droits. En 1802, huit ans après la première abolition de l’esclavage, Napoléon Bonaparte envoie donc le général Antoine Richepance en Guadeloupe. À la tête de 3.500 hommes, celui-ci a reçu pour mission de rétablir Lacrosse dans sa fonction de capitaine-général, mais aussi de désarmer tous les soldats de couleur, de déporter les officiers rebelles et de rétablir la discipline chez les anciens esclaves. Dès son arrivée, il ordonne le désarmement des soldats de couleur et les conduit à bord de ses navires. Dès lors, une rébellion orchestrée par le chef de bataillon (commandant) Joseph Ignace et les capitaines Palerme et Massoteau s’organise. Leur compagnon de lutte, Louis Delgrès, natif de Saint-Pierre en Martinique, chef de bataillon et commandant l’arrondissement de Basse-Terre, lance l’appel du 10 mai 1802 intitulé « A l’univers entier, le dernier cri de l’innocence et du désespoir ». La Mulâtresse Solitude, enceinte de quelques mois, rejoint ce combat contre les troupes de Richepance.

Après 18 jours d’un combat inégal (plus de 4.000 soldats du côté de Richepance et environ 1.000 soldats réguliers du côté des rebelles), c’est la défaite. Le 26 mai 1802, Joseph Ignace perd la bataille de Baimbridge et se donne la mort pour ne pas être fait prisonnier. Le 28 mai 1802, Delgrès et ses troupes, composées de soldats, d’officiers et de civils, parmi lesquels de nombreuses femmes, font exploser la maison Danglemont au Matouba, où ils se sont retranchés, respectant ainsi le serment qu’ils avaient fait de « vivre libre ou mourir ». Entre mai et décembre 1802, les combats et la répression des insurrections ont fait plus de 3.000 morts chez les insurgés.

L’armée française a obligé les résistants à s’enfermer dans une forteresse qu’ils ont assiégé. Ce siège fera de nombreux morts du coté des résistants : seuls quelques uns ont survécu… dont Solitude. Elle est faite prisonnière vers le 23 mai 1802, lors de la prise du camp de Palerme à Dolé. Elle est condamnée à mort mais elle n’est pas pendue lors de son arrestation, car elle est enceinte et les colons décident d’attendre qu’elle accouche pour réduire son enfant en esclavage six mois plus tard. Elle est alors suppliciée le 29 novembre de la même année, le lendemain de son accouchement, c’est-à-dire qu’elle va recevoir un supplice, allant du fouet au carcan, jusqu’à causer sa mort.

La Mulâtresse Solitude devient une légende et une figure féminine des insurgés de 1802 en Guadeloupe. Elle incarne les femmes et les mères des Caraïbes qui se sont battues en faveur de la défense des idées de liberté et d’égalité dans le contexte du système esclavagiste. Au final, peu importe qu’elle ait réellement existé : la Mulâtresse Solitude est multiple, elle est plus mythe et symbole que réalité historique, et c’est sans doute sa force.

Vous me direz donc, pourquoi s’identifier à un personnage comme la Mulâtresse Solitude ?

Pour moi c’est facile, et si vous me connaissez un peu, vous avez dû déjà comprendre pourquoi. Ce n’est pas juste parce que c’est une héroïne.

La Mulâtresse Solitude est cette femme mulâtresse, c’est-à-dire en d’autres termes moins péjoratifs, fruit du métissage entre blanc et noir, entre colon et colonisé, entre esclavagiste et esclave, entre dominant et dominé. En conséquence sa peau est plus claire, et à ce titre, elle grandit dans la maison du maître, aux côtés des enfants de celui-ci, tandis que les autres enfants sont élevés par les femmes esclaves de la plantation à l’écart de la riche demeure du maître. Par la couleur de sa peau, elle est assimilée par les uns aux colons, et par les autres aux esclaves, mais toujours au camp opposé. Elle incarne les deux camps et aucun à la fois. Elle est à la fois noire et blanche, et n’est ni noire, ni blanche. Elle est la représentation vivante du conflit de domination culturelle et raciale, et en même temps, symboliquement, sur ses seules épaules repose l’espoir d’une réconciliation des peuples et d’une émancipation de ces rapports de domination. Elle est la possibilité de mettre fin à la dualité qui réduit toutes les dynamiques complexes de notre univers à une dichotomie manichéenne et simpliste. Elle est la synthèse de la diversité, de l’ambiguïté et des paradoxes de notre Humanité.

Par ailleurs, elle est aussi cette femme qui prend les armes et s’engage dans l’action et le combat, comme un homme, dirait-on. Elle est une figure emblématique de lutte à l’intersection de deux rapports de domination qui marquent nos civilisations : celui du rapport de genre et celui du rapport de classe. Elle s’affranchit de tous les codes sociaux et culturels des groupes dont elle est issue, africains et européens, pour ancrer une posture d’individu libre de ses choix, de ses combats, de son projet de vie. Une femme indépendante et engagée, qui fonde ce que nous appelons encore dans la culture antillaise francophone, la  figure de la femme « poto-mitan » (le poteau du milieu de la case créole) : cette femme caribéenne, qui dans une culture pourtant largement imprégnée de machisme et de misogynie, met la femme-mère au cœur du foyer, responsable de sa gestion, et de l’éducation des enfants, de la transmission des valeurs et des comportements, seul repère stable pour se construire comme individu dans des familles où les pères eux, sont très souvent absents, trop occupés à semer leur graine à droite et à gauche, afin de se rétablir dans leur toute-puissance masculine dont la colonisation les a émasculés, les réduisant à des étalons reproducteurs, privés de fonction éducatrice et autoritaire dans la cellule familiale, dépossédés même du fruit de la production de leur force de travail.

Finalement la Mulâtresse Solitude est la preuve vivante que nous sommes libres quoi qu’il arrive, de nous construire suivant les modèles que nous choisissons, et les formes culturelles dans lesquelles nous nous reconnaissons, quitte à transgresser les règles et les attendus. Ensuite, le fait qu’elle, Mulâtresse Solitude, s’identifie aux opprimés plutôt qu’aux oppresseurs dans ce combat pour l’abolition de l’esclavage, indique bien que la posture de victime est plus confortable que celle de bourreau, et qu’il est souvent plus aisé de vivre une condition indigne et de pouvoir s’en plaindre dans l’espoir de s’en émanciper, que d’être assimilé dans le regard des autres à celui qui opprime, même malgré lui et de par les circonstances qui l’ont mis en telle position d’oppresseur. Enfin, à un niveau personnel, elle m’amène à repenser mes origines culturelles différemment, et à me rendre compte que, bien que m’étant toujours identifiée aux opprimés et aux victimes, me sentant souvent plus Guadeloupéenne que Française, je suis en majorité issue d’un riche héritage de lignées d’oppresseurs, de par ma mère qui est blanche, comme de par mon père qui est déjà issu du métissage.

Mais, l’émancipation du dominé est-elle possible sans celle du dominant ?

Ces dernières années et derniers mois, les débats publics dans notre société française ont été largement marqués par deux fronts de lutte qui sont plus ou moins dans la même dynamique de revendication identitaire et de désir d’affranchissement d’une condition de dominé. D’une part les mouvements féministes dénonçant les violences conjugales, le harcèlement, le viol, les violences sexuelles en général, faites aux femmes par les hommes, mais aussi les discriminations institutionnelles avec lesquelles elles doivent composer, dans le milieu du travail notamment. D’autre part les mobilisations et manifestations contre les violences policières dites racistes contre les populations françaises vivant dans les quartiers économiquement précaires et majoritairement composés d’une grande diversité culturelle, et dont la période de confinement causée par la crise sanitaire du coronavirus a pu augmenter le nombre de cas recensés. Dans un cas comme dans l’autre, les militants adoptent des discours qui les positionnent en victime, qu’indéniablement ils sont. Ces deux combats : celui des femmes, et celui des noirs, pour leur émancipation respectives, se formulent à mon sens dans des discours qui ne peuvent que maintenir les rapports de domination tels qu’ils sont. En effet, mieux que de dénoncer l’oppression des dominés par une classe ou des individus ou un genre dominant, ce qui revient à se réduire à la posture victimaire, contestataire et revendicative, qui n’ouvre sur aucun dialogue, et entretient tensions, affrontements, divisions, divergences et violence, l’enjeu clef est à mon humble avis de questionner le dominant sur sa position afin de lui permettre d’en prendre conscience et d’envisager de s’en émanciper. En quelques sorte, pour moi, crier sans relâche « je suis victime et dominé » c’est rappeler au dominant qu’ils est peut-être bourreau, mais surtout dominant, dans une situation privilégiée, confortable, à laquelle il n’a aucun raison de renoncer tant qu’il ne voit pas en quoi cela peut lui nuire (principe d’individualisme oblige).

De plus, si tant est qu’un groupe de dominés réussisse à s’émanciper, ou se retrouve par le fruit du hasard en position de domination, il n’hésitera pas à exercer et abuser de cette position et du pourvoir qu’elle lui confère, au-lieu de réformer et abolir ce rapport de domination dont il a vécu l’expérience et subi les conséquences. Pour exemple, la violence et le racisme des afro-états-uniens arrivés au pouvoir dans le nouvel état du Libéria à l’égard des peuples africains déjà présents sur ce territoire (dits autochtones), qu’ils ont méprisés, exploités, allant jusqu’à les appeler les « monkeys » (en anglais, singes), alors que eux-même, dans leur pays d’origine, les États-Unis d’Amérique, à la même époque, luttaient contre l’esclavage, et plus tard dans les années 70 au XXème siècle contre la ségrégation [pour mémoire, la république du Libéria est un état fondé en 1822 par une société américaine de colonisation (American Colonization Society, « la société nationale d’Amérique de colonisation »), pour y installer des esclaves noirs libérés].

Mais au fait, du dominant et du dominé, qui domine vraiment ?

  Si nous y réfléchissons bien, le dominant n’est-il pas aussi un peu dominé ? dépendant des travaux, tâches qu’il délègue systématiquement à ceux qu’il asservit ? dépendant de groupe d’individus sur lequel il exerce son pourvoir et qui lui confère ce pouvoir ? C’est là tout le paradoxe de l’homme libre et de l’esclave par nature dans la théorie Aristotélicienne de l’esclavage. Si certains individus de l’espèce humaine naissent par nature esclave (parce qu’ils ont la constitution physique pour les travaux manuels par exemple) et d’autres « hommes libres », destinés aux tâches intellectuelles, ARISTOTE ne nie pas la dépendance des « hommes libres » à l’égard des esclaves, ne seraient-ce que pour accomplir des tâches artisanales spécialisées pour lesquelles ils sont parfaitement incompétents puisqu’elles sont du ressort des esclaves. Et c’est là que le dominé a un certain pouvoir sur le dominant. Et c’est la raison pour laquelle les sociétés esclavagistes modernes se sont attachées à éduquer le moins possible les populations esclaves : pour qu’il ne leur vienne pas à l’idée que ce pouvoir qu’ont les dominants est finalement plutôt fragile, et que leur compétences techniques constituent en soi un pouvoir qui pourrait renverser le rapport de domination.

C’est la dialectique du maître et de l’esclave chez Emmanuel KANT [1724-1804] tel que l’interprète Georg Wilhelm Friedrich HEGEL [1770-1831] dans La Phénoménologie de l’Esprit (1807). L’esclave est l’être qui, transformant la Nature, accède à l’objet dans son côté actif. Le maître, qui pour sa part ne travaille pas mais fait réaliser, vit immédiatement dans la jouissance de l’objet consommable : il ne connaît que son aspect passif. Il apparaît que l’esclave, travaillant (réalisant) à transformer le monde humain, se transforme lui-même et revendique son autonomie au monde naturel dans sa transformation humaine du monde, tandis que le maître se rend étranger à son monde, qu’il ne reconnaît plus dans la reconnaissance qu’en fait l’esclave. En effet, celui-ci, s’appuyant sur le produit de son travail, peut renverser le rapport de domination pour se retrouver dans l’accomplissement du monde humain : l’égalité.

C’est le pouvoir qu’ont les travailleurs, salariés et ouvriers qualifiés, sur les patrons des grandes entreprises et industries : tant qu’ils ne sont pas remplaçables par des machines automatiques et numériques, ils peuvent bloquer toute la production, et donc l’économie qui profite au dominant, pour obtenir gain de cause quant à leurs conditions de travail. Dans leur force de travail repose théoriquement leur potentiel pouvoir de domination, même si dans la réalité les situations sont bien plus complexes que cela, notamment avec le volume des demandeurs d’emploi qui, s’ils réussissent à acquérir les compétences requises peuvent remplacer au pied levé, ici ou ailleurs dans le monde, et parfois pour un salaire bien plus bas, les travailleurs qui oseraient déstabiliser l’économie de profit du dominant.

La clef de l’émancipation de ce rapport de domination par le travail ne serait-il donc pas de s’affranchir du travail lui-même ? Ne faudrait-il pas redéfinir le travail en y incluant toutes ces activités artistiques, sociales, solidaires, bénévoles qui contribuent à l’émancipation des individus, à leur enrichissement personnel et à leur épanouissement au-delà de l’économie de marché ? Ne serait-il pas tant de valoriser d’une manière ou d’une autre toutes ces contributions qui font la différence, et qui loin de jouer le jeu de la logique compétitive de l’interprétation sociale de la théorie darwinienne de la survie des espèces, repose sur son pendant collaboratif, si bien défendu par Piotr Alexeïevitch KROPOTKINE [1842-1921] dans L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902) ?

Timbre de la Mulâtresse Solitude, vente générale : 16 mai 2022, retrait de la vente : 30 septembre 2023, valeur faciale : 1.16 €, affranchissement le plus courant : Lettre verte 20g pour la France, Andorre et Monaco. Création : Geneviève Marot.

Mais quel rapport avec la Mulâtresse Solitude, me direz-vous ?

Eh bien tout ! C’est elle, qui rend possible ce pas de côté qui permet au dominé d’esquiver, de s’affranchir du rapport, de la tension qui le lie au dominant, et inversement, au dominant de se déplacer de sa position confortable vers celle de l’autre, pour prendre conscience du rapport de domination qui les relie et qui lui profite. C’est elle qui rend possible la dissolution des rapports de domination. Parce qu’elle incarne et symbolise en une seule et même personne ce paradoxe du dominant et du dominé, seule elle, peut, dans un premier temps reconnaitre la condition des deux parties, victimes et bourreaux, pour les réconcilier, et dans un deuxième temps envisager, concevoir, élaborer la voie de l’émancipation, au-delà de tout rapport de domination, afin que se construise un nouveau rapport, qui requiert un engagement mutuel des deux parties, pour qu’elles ne constituent plus qu’une seule et unique communauté, prête à avancer sur les bases de la logique de collaboration, et non pas de compétition, afin de permettre la survie de l’espèce et son évolution.

Cette dissolution du rapport de domination par la posture réconciliatrice du bourreau et de la victime que permet la Mulâtresse Solitude n’est possible qu’à condition de ne pas lui substituer le troisième rôle du triangle dramatique Karpman qui vient compléter ceux de bourreau et victime : celui du sauveur. En effet, ce dernier participe lui aussi au rapport de domination bourreau/victime, en prenant le pouvoir sur ces derniers dans sa démarche, fusse-t-elle de bonne foi, de vouloir mettre fin aux souffrances de la victime et d’ouvrir les yeux au bourreau sur sa fonction dominatrice. Ce pouvoir que lui confère cette fonction de sauveur est le piège dans lequel il ne faut pas tomber en voulant s’abstraire des rapports de domination.

Et si nous situons bourreau, victime et sauveur sur un même plan, le seul moyen d’échapper à ces rapports de pouvoir, est de prendre de la distance par rapport à ce plan, vers un quatrième point qui serait le sommet de la pyramide ainsi formée ; tout en veillant à ce que ce quatrième point, à distance, ne devienne pas lui non plus une posture de supériorité et de domination, mais bien celle du méditant en pleine conscience qui, assis au bord de la rivière, regarde passer le torrent de ses pensées et de ses émotions. Une pyramide sans polarité, sans point cardinal, sans orientation spatiale. Comme un tétraèdre irrégulier dont une des faces porterait les sommets B (bourreau), V (victime) et S (sauveur).

Le symbole de Mulâtresse Solitude est celui-ci : au-delà des rapports de domination, en prenant de la distance, du recul, de la hauteur, en se détachant complètement et en évitant de ne plus jamais adopter ni la posture de victime, ni celle de bourreau, et pas même celle de sauveur.

S’émanciper c’est accepter sa condition, ses contradictions, ses souffrances mais aussi ses torts, volontaires ou involontaires, pour vivre avec, sans porter l’histoire dont nous sommes le fruit comme un poids, mais comme une facette de ce qui constitue notre identité, sans pour autant s’y identifier, afin de passer au-delà, à autre chose, à ce que nous choisissons, à ce que nous décidons de construire.

La Mulâtresse Solitude, c’est ce symbole de la possible réconciliation des êtres que tout sépare parce que ce qui les relie c’est précisément un rapport d’opposition, le côté face et le côté pile de la pièce, le noir et le blanc du pavé mosaïque. Elle est l’espace entre qui permet d’échapper à la dualité.

Alors oui, dans mes meilleurs jours (c’est-à-dire pas ces temps-ci), je suis la Mulâtresse Solitude. Elle vit en moi et me montre la voie. Et je ne peux que vous inviter, à méditer ce symbole d’émancipation qu’est la Mulâtresse Solitude.