Si l’enlèvement du Président de la République Bolivarienne du Vénézuela par les forces armées des États-Unis d’Amérique sur ordre de son Président le 3 janvier 2026, suivi des menaces proférées par ce dernier d’envahir ou d’acheter le Groënland (territoire et peuple lui-même sous domination du Danemark), ainsi que plusieurs autres pays des continents Américains, comme la Colombie, ou Cuba… si ces derniers événements de l’actualité politique internationale qui relèvent explicitement d’actes impérialistes/coloniaux font grand bruit dans les médias et sur les réseaux sociaux, serait-ce, parce que la forme, les procédés, les propos tenus par leur auteur, choquent par leur brutalité et leur irrespect des conventions diplomatiques ? ou bien est-ce que nous désapprouvons profondément le fond, les intentions, la finalité d’une telle démarche ?

Source : https://www.cartooningforpeace.org/)
Quelques définitions :
Le colonialisme et l’impérialisme sont deux mots pour un même phénomène : la politique et stratégie de domination d’un pays ou de plusieurs pays par un autre, que ce soit par des moyens militaires, culturels et/ou économiques.
Ce qui est nommé et considéré comme « les civilisations » ont presque toutes eu à un moment ou à un autre de leur histoire des velléités d’expansion territoriale, reposant sur l’extractivisme à outrance des ressources et l’exploitation de moyens de production et de forces de travail humaines non rétribués, ou peu rétribué, à savoir l’esclavagisme.
Colonialisme : doctrine visant à légitimer l’occupation, la domination politique et l’exploitation économique de territoires par certains États. (Source : Le Robert) Synonyme : impérialisme.
Impérialisme : politique d’un État visant à réduire d’autres États sous sa dépendance politique et/ou économique. (Source : Le Robert)
Si le colonialisme est toujours lié à une conquête territoriale, l’impérialisme ne l’est pas forcément, mais peut consister en une domination culturelle, économique et/ou politique par exemple. Des puissances européennes comme la France et l’Angleterre ont été de puissants empires coloniaux.
Histoires impérialistes : l’éternel cycle de l’Humanité
L’histoire de l’humanité telle qu’elle nous est enseignée en France, en Europe, en « occident », dans le camp des « puissants » et des « dominants », est essentiellement constituée du récit de ces conquêtes territoriales, des invasions qui en découlent lorsque les conquêtes ne sont pas à notre bénéfice, du récit des vies de ces grands hommes qui ont mené ces guerres tout en nous gouvernant, nous le peuple, qui les ont gagnées ou perdues, et des sacrifices payés par le peuple pour satisfaire la soif de domination et de pouvoir de cette classe d’hommes qui écrivent l’histoire avec un grand H, parce qu’ils la dominent. À noter que les gens du peuple, qui payent le prix de ces guerres, sont évoqués par leur nombre, jamais par leurs actes héroïques, ni par leurs noms. Ils sont disparaissent dans le nombre des victimes, fondus dans la masse.
Même si nous pouvons compter quelques rares femmes parmi ceux qui mènent ces politiques impérialistes (comme Margaret Thatcher pour ne citer qu’elle), reconnaissons qu’elle sont la plupart du temps exclues de cette classe dominante, ou alors instrumentalisées au service de ces causes, et que rares sont les cas faits de celles et ceux qui constituent la masse spoliée, dominée, exploitée, qui comptent des hommes, des femmes, des enfants, pauvres, n’ayant pas le choix, mobilisés et enrôlés sous la contrainte (économique, idéologique). Rares sont les fois où l’histoire officielle fait cas de ceux qui souvent résistent pour conquérir eux, non pas plus de terres et de richesses, mais juste un peu de liberté et d’égalité.
Et ce sans compter la majorité des gens, qui n’étant pas touchés de près ou concernés par ces actes colonialistes et impérialistes, soit n’en sont pas informés (ou sont désinformés par une habile propagande), soit ne s’y intéressent pas, ne serait-ce que parce qu’ils ont d’autres priorités à gérer dans l’urgence liée à leurs propres conditions fragiles d’existence et de subsistance.
Bref, les États-Unis d’Amérique de sont pas le seul pays à avoir une volonté hégémonique sur le reste du monde. Loin de là. L’histoire de l’humanité est jalonnée d’exploits impérialistes et colonialistes.
Ces quelques cartes d’empires à leurs apogées en sont le témoin (liste non exhaustive, incluant les empires Romain, Saint-Romain Germanique, Ottoman, Arabo-musulmans, Mandingue ou Bambara, Russe, Chinois, Prusse, Aztèque, Maya, etc…) :
Par exemple, le schisme de 1054, entérine la séparation territoriale et linguistique entre l’Église de Rome d’Occident et l’Église de Constantinople d’Orient. Il est question alors de pacifier les relations entre de Pape de Rome qui veut imposer le rite latin (catholique) et le patriarche de Constantinople qui impose la pratique du rite grec (orthodoxe). Pourtant ce schisme correspond peu ou proue aux Empires Carolingien et Byzantin qui se partagent tout l’Ouest de l’Eurasie à l’époque, et à la séparation des empires Romain d’Orient et Romain d’Occident depuis 365 :
Entre le IVème et le XIème siècle, les empires qui se constituent de part et d’autres conduisent à la séparation progressive entre ce qui correspond aujourd’hui à ce qu’on appelle « occident » de ce que l’on appelle le « moyen orient », au point de faire de la plaque continentale Eurasiatique, deux continents distincts : l’Europe et l’Asie ; ce qui constitue, si nous y réfléchissons bien, une simple construction culturelle, et en aucun cas un état de fait géographique ou géologique.
Quand les colons se partagent le gâteau
Après la « conquista » espagnole sur le continent américain (pour rappel, le canal du Panama qui sépare le Nord du Sud est une construction humaine), les royaumes d’Espagne et du Portugal se sont littéralement partagés ce qu’ils appelaient « le nouveau monde » par le traité de Tordilla signé en 1494 (pour rappel, Christophe Colomb a mis la première fois le pied en aux « Indes d’Amérique » en 1492 : ils n’ont pas perdu de temps !) :

Ce n’est que le premier acte d’un accord entre empires coloniaux pour se partager le gâteau. Par la suite, la course impérialiste à la conquête des territoires sur tous les continents, entre pays européens, va se renforcer et s’étendre sur toute la planète au bénéfice de la Révolution industrielle. L’impérialisme est corrélé au capitalisme libéral et prédateur. Grands industriels et grandes nations travaillent de concert pour s’approprier les richesses du monde.
Ci-dessous les grands empires coloniaux du XVème au XVIIème siècle, puis en 1914 et en 1945 :
Evolution des formes du colonialisme
Au XIXème siècle, un discours anti-colonialiste, celui de Monroe, président des États-Unis d’Amérique, va paradoxalement justifier des actes impérialistes états-uniens au siècle suivant.
En effet, le 2 décembre 1823, lors de son septième message annuel au Congrès des États-Unis, le président américain, James Monroe, a prononcé quelques phrases plus particulièrement destinées aux puissances européennes : « les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation », « toute intervention européenne dans les affaires des Amériques sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix », et « les États-Unis, en contrepartie, n’interviendront pas dans les affaires européennes ».
En fait, la doctrine Monre est utilisée par les gouvernants des États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace, surtout l’URSS pendant la guerre froide mais aussi, la Chine actuellement.
Les États-Unis d’Amérique ont ainsi prétexté « devoir » intervenir de nombreuses fois dans de nombreux pays du monde et très souvent en Amérique Latine, pour lutter contre la volonté d’hégémonie idéologique et économique du bloc communiste et pour défendre des politiques libérales à leur avantage, sous couvert de préserver la liberté dans ces pays. Souvent à l’origine, il n’y a pas anguille sous roche, mais pétrole ou autre minerais convoité sous ces airs de « gentils gendarmes du monde »…
Le colonialisme s’est donc travesti peu à peu sous la forme de discours pour la défense des libertés fondamentales des peuples et surtout, la liberté de consommer des produits états-uniens, et de laisser des industriels états-uniens exploiter les ressources de leurs territoires : une forme d’impérialisme économique et culturel bien plus pernicieux que le colonialisme décomplexé du XIXème siècle.
Il faut dire qu’au XIXème siècle, le colonialisme est encore bien vu : les Nations puissantes et dominantes apportent la « civilisation » aux peuples « primitifs » de contrées éloignées (progrès techniques, infrastructures routières, hospitalières, éducatives, appareils administratifs, juridiques, législatif, politique, organisation policière et militaire, etc.). En échange, elles s’accaparent les territoires, les ressources et les peuples qui y vivent.

Source : https://www.cartooningforpeace.org/
Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, pourtant, un discours domine, qui veut que toute forme de colonialisme et d’impérialisme explicite soit illégitime, illégal, irrecevable. Ça n’est plus « bien vu » d’envahir, d’accaparer des territoires, de mettre sous gouvernance politique et/ou économique des peuples et leurs territoires.
Seuls l’exploitation humaine et l’extractivisme des ressources par des voies commerciales passe sous les radars de la bien pensance du droit international, sous prétexte d’accords bilatéraux qui bénéficieraient à toutes les parties, ou juste sous prétexte du libre échange…
Les règles anti-impérialistes du droit international
Dans le cas de l’opération américaine du 3 janvier 2026 au Venezuela, ayant pour objectif « l’arrestation » du président Nicolás Maduro, est constitutive de plusieurs violations flagrantes du droit international, qui font suite à une série de menaces de recourir à la force contre ce même pays, menaces elles aussi illicites au regard de la Charte des Nations Unies.
Quatre règles au moins ont été bafouées d’après Raphaël Maurel, Maître de conférences HDR en droit public à l’Université de Bourgogne et membre de l’Institut universitaire de France :
- l’obligation de régler tout différend international par des moyens pacifiques (article 2§3 de la Charte des Nations Unies) ;
- l’interdiction de porter atteinte à l’intégrité territoriale (principe de non-intervention) et à l’indépendance politique (principe de non-ingérence) d’un État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
- l’interdiction de recourir à la force contre un autre État (article 2§4 de la Charte des Nations Unies) ;
- les immunités reconnues par le droit international coutumier à tout chef d’État : celles-ci sont garanties même en cas de contestation interne comme externe de la légitimité du chef d’État ; celui-ci ne peut, en aucun cas, être l’objet d’une arrestation et d’un jugement devant une juridiction étrangère au cours de l’exercice de son mandat, et ce « pour toute infraction qu’il aurait pu commettre, quelle qu’en soit la gravité ». [source]
Les arguments juridiques pour justifier une telle intervention et ingérence dans les affaires d’un pays étranger ne tiennent pas la route. Je ne les développerai pas ici : ce n’est pas mon sujet aujourd’hui. Si cela vous intéresse, je vous invite à lire l’intégralité de l’article sur le site internet source :
LIRE L’ARTICLE : Opération américaine au Vénézuéla : que dit le droit international ? sur Le Club des Juristes, l’actualité sous le prisme du droit.

Un impérialisme peut en cacher un autre…
Mais les États-Unis d’Amérique ne sont pas la seule nation au XXème siècle à avoir mené une politique impérialiste et interventionniste sous couvert de défense de la liberté des peuples… et dans le but final de mieux exploiter leurs ressources.
La France entretient des rapports de domination économiques forts avec les pays qui constituaient son empire colonial et qui ont été aujourd’hui officiellement émancipés, leurs peuples gagnant ainsi une très fragile souveraineté.
Depuis 2022, plusieurs anciennes colonies françaises en Afrique ont dénoncé les accords de défense avec la France, entraînant le retrait d’une grande partie des forces armées françaises du continent africain, présentes depuis 1960. En l’espace de seulement deux ans, ces forces armées ont été contraintes de quitter le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, et ont perdu des alliés aussi solides que la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Ces accords étaient souvent assortis de clauses secrètes qui ont permis à la France d’intervenir militairement : pour secourir des régimes afin d’asseoir la légitimité de pouvoirs politiques favorables à ses intérêts, lutter contre le djihadisme – notamment au Sahel dans le cadre des opérations SERVAL (2013-2014) et BARKHANE (2014-2022) – ou mettre un terme à des guerres civiles.
Le départ des troupes françaises du continent africain signe la fin d’un monde : celui des interventions au Tchad, au Togo, au Gabon, au Rwanda, à Djibouti, au Zaïre, en Somalie, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Libye et au Cameroun. Il marque aussi la fin de la « Françafrique ».
Et pendant que l’impérialisme français se fait chasser d’Afrique, c’est l’influence russe qui grandit avec ses milices de mercenaires Wagner, et l’influence chinoise qui s’étend avec ses investissements commerciaux massifs.

Sommes-nous vraiment sortis de la guerre froide entre le bloc impérialiste états-unien, dit le bloc de l’Ouest et celui de l’Est, incarné aujourd’hui par la puissance économique de la République Populaire de Chine, un des derniers régimes communistes ayant survécu du bloc soviétique à la fin du rideau de fer et à dissolution de l’URSS ?
Peuple qui ne dit mot consent ?
Et nous ? Qu’en disons-nous, nous peuple français, citoyens français constitués de mille et unes facettes culturelles réunies sur ce territoire en partie par cette histoire coloniale et impériale ?
Comment pouvons-nous garder le silence aujourd’hui quand des industriels français comme Bolloré, Castel ou d’autres utilisent leur pouvoir économique pour mieux exploiter les ressources humaines et minières des ex-colonies françaises dans le monde et particulièrement sur le continent africain ?





Que n’avons-nous pas plus soutenu les peuples des territoires des ex-colonies de l’Empire français ? Pourquoi ne les soutenons-nous pas plus aujourd’hui ?
Pourquoi nous est-il plus facile de nous mobiliser contre l’impérialisme états-unien au Vénézuela, ou contre le colonialisme du gouvernement israélien à Gaza et en Cisjordanie, que contre l’impérialisme ou le néo-colonialisme français, aux Antilles, à Mayotte, en Kanaky…?
Pourquoi ne sommes-nous pas plus solidaires des peuples ciblés par les velléités colonialistes et impérialistes des nations riches et puissantes auxquelles nous appartenons ? Pourquoi ne nous sentons-nous pas plus concernés ?
Aujourd’hui ce sont eux. Demain ce sera nous. La roue tourne. Les nations puissantes et décadentes d’aujourd’hui sont en train de se laisser conquérir progressivement par les nations émergentes qui jouent le jeu des rapports de force économiques et politiques.
Aujourd’hui ce sont eux, à l’échelle internationale des rapports de domination entre nations. A une autre échelle, celle de la politique intérieure, c’est déjà nous. Nous sommes nous, le peuple, déjà dans la plupart des cas les perdants de ce jeu des rapports de domination entre classes plus riches et moins riches. Nous sommes déjà les travailleurs exploités de cette mécanique capitaliste libérale qui broie les individu pour s’enrichir plus et asseoir son pouvoir par la force économique.
N’avons nous pas un devoir d’indignation et de résistance à ces rapports de domination quels qu’ils soient à toutes les échelles ?

























