Déconstruire les idées reçues sur la sécu
Vous retrouvez ici neuf idées reçues sur le système de sécurité sociale de notre pays, véhiculées par les libéraux pour justifier de le détruire progressivement. Chaque idée reçue est suivie des arguments qui permettent de la déconstruire, lesquels s’appuient sur des données chiffrées et des sources documentaires factuelles.
Cette matière est aussi le contenu livré aux participant.es dans le cadre de l’atelier « déconstruction des idées reçues sur la sécu » pouvant être mise en place sous la forme d’un jeu, « le bingo des libéraux » dont suivent les règles.
- Déconstruire les idées reçues sur la sécu
- Nº1 : ABUS D’ARRÊTS MALADIE !
- Nº2 : LES CHARGES SOCIALES PESENT TROP SUR LES PATRONS !
- Nº3 : LE SYSTÈME DE LA SÉCU EST TROP GÉNÉREUX !
- Nº4 : LA SÉCU FABRIQUE DES ASSISTÉ.ES !
- Nº5 : LES ETRANGERS VIENNENT EN FRANCE POUR PROFITER DU SYSTÈME SOCIAL.
- Nº6 : SÉCU = IMPÔTS !
- Nº7 : IL FAUT RÉFORMER LA SÉCU !
- Nº8 : LA SÉCU, JE LA FINANCE POUR QUE D’AUTRES EN PROFITENT !
- Nº9 : LA SSA EST UNE UTOPIE !

Nº1 : ABUS D’ARRÊTS MALADIE !
« Il faut responsabiliser les assurés et les patients pour préserver notre modèle social. »
« La fraude est généralisée, tant chez les assurés que chez les médecins qu’il faut contrôler. »
« Les français abusent des arrêts maladie. »
Le gouvernement s’est lancé dans la chasse aux arrêts maladie et aux fraudeurs tous azimuts se basant sur une donnée : l’augmentation du nombre d’arrêts et la hausse de 45% des IJ maladie et AT-MP depuis 2019. Ainsi, le gouvernement répond en sanctionnant et en agitant l’argument de la fraude au lieu de s’attaquer aux mauvaises conditions de travail qui provoquent des arrêts maladie et aux raisons structurelles plus profondes de leur envolée :
1) Allongement de la durée du travail avec les différentes réformes des retraites + vieillissement de la population et donc des travailleurs plus vieux qui travaillent plus longtemps plus fragiles et victimes d’usure professionnelle. Le passage de l’âge de retraite de 60 à 62 ans ayant entrainé une augmentation significative des arrêts maladies de plus longues durée et plus fréquents…
2) Progrès de la médecine… Des personnes plus fragiles dans le monde du travail. En dehors des seniors, des personnes plus fragiles sont aujourd’hui présentes dans le monde du travail. Cela s’explique par une bonne nouvelle, à savoir les progrès de la médecine.
3) Mais des maladies chroniques évolutives sont de plus en plus nombreuses.
Le nombre de personnes concernées augmente donc en conséquence :
4) Les aidants familiaux et leur multiplication :
D’autres phénomènes peuvent venir fragiliser les personnes comme le fait de devoir aider des parents, des grands-parents en perte d’autonomie ou un proche handicapé. En France, en 2021, les aidants représentaient 9,3 millions de personnes. Celles-ci sont plus fatiguées, plus vulnérables et peuvent tomber malades plus facilement. Ce que confirme une étude de la Drees de 2023. On y apprend que les proches aidants, dont la majorité a entre 55 et 64 ans, déclarent nettement moins souvent que la population générale être en bonne ou en très bonne santé.
5) Les mauvaises conditions de travail :
L’absentéisme augmente fortement avec le niveau d’exposition aux contraintes physiques (postures pénibles qui entrainent des TMS et diverses maladies professionnelle, port de charges lourdes, exposition aux bruits et vibrations, contact de produits dangereux) et psychosociales (risques d’accident, contraintes excessive de temps dans l’accomplissement des tâches, tâches aliénantes et répétitives, expositions à des agressions verbales et physiques). Des conditions de travail qui se sont fortement détériorées depuis la présidence Macron.
Pour preuve, la suppression des CHSCT en 2017 a entrainé une explosion des accidents de travail et du nombre de morts au travail : 550 en 2017 , 733 en 2019 et 903 en 2023 ! Ne prenant pas en compte par ailleurs les décès liés aux accidents de trajet et des suites de maladies professionnelles (1227 en 2022).
Le gouvernement veut il s’attaquer donc aux arrêts de courte durée ?
En réalité, ces arrêts maladie de courte durée suivent le rythme des maladies saisonnières (grippes ou gastro-entérites) comme l’indique une étude de la Dares menée en 2023.
Les participations Forfaitaires et Franchises* sont censées « responsabiliser les assurés » (100€ par an et plus de toutes les taxes servant au financement). Elles sont payées par tous les assurés y compris ceux atteint.es de pathologies chroniques lourdes reconnues comme des Affection Longue Durée (cancer, diabète…). Il s’agit là d’imposer dans le débat public l’image d’un patient client et consommateur, et l’idée perverse que le malade serait en quelque sorte responsable de sa pathologie. Une manœuvre idéologique pour justifier toutes les réformes détruisant le système et creusant l’inégalité dans l’accès au soin.
Ne faut-il pas plutôt travailler à réduire les sources d’empoisonnement de la population (ex. diabète lié à la malbouffe agro-industrielle) ?
Conclusion : c’est FAUX ! Les arrêts longs de complaisance n’existent pas. On ne s’invente pas un cancer, une pathologie cardiorespiratoire ou une grosse dépression. En bref, ça n’est pas parce qu’on réduit les dépenses de santé que les gens vont arrêter d’être malade… (Serge Volkoff, chercheur, statisticien et ergonome au CEET du Centre national des Arts et Métiers)
Alors oui, il y a des fraudeurs, mais peut-être pas ceux désignés par Bruno le Maire ! En effet en 2024, la fraude sociale est estimée à 13 milliards d’€, alors que la fraude fiscale, à 120 milliards d’€ !

Nº2 : LES CHARGES SOCIALES PESENT TROP SUR LES PATRONS !
« La compétitivité de nos entreprises est plombée par les « charges sociales. »
» C’est toujours les mêmes qui paient ! »
« Il faut réduire le coût du travail. »
Les libéraux prônent depuis plusieurs décennies une politique de lutte contre l’augmentation des salaires tandis que les exonérations de cotisations détruisent notre modèle.
Le langage et les mots pour désigner les concepts révèlent toujours une orientation politique. Les » charges » dans la bouche des libéraux sont en fait le salaire socialisé qui permet aux travailleurs de s’assurer contre les risques de la vie et à l’ensemble de la société. Ces cotisations sont du salaire différé, de la richesse produite par les travailleurs (plus-value). En réalité le budget de la Sécurité sociale, la captation par les travailleurs du fruit de leur travail, c’est autant qui ne finit pas les poches des capitalistes, et fait baver les actionnaires !!!
Les exonérations de cotisations se font au nom de la croissance, de l’emploi et de la compétitivité, mais en réalité cette stratégie ne fonctionne pas en terme d’emploi et de compétitivité, car elle ne profite qu’à des secteurs non exposés à la concurrence internationale et entraine une diminution des recettes sapant le modèle qui n’est pourtant pas déficitaire.
Le budget dans la LFSS 2024 et 2025 présente un équilibre financier qui n’est pas déficitaire malgré les saignées avec compensations pourtant partielle par L’État des exonérations. Le déficit qui s’élève à 23 millions en 2025 = 6 millions assurance retraite + 17 millions Assurance maladie à mettre au regard des 80 milliards d’exonérations annuelles…
Le régime local d’Alsace-Moselle est un parfait contre-modèle à opposer à l’argument de l’inefficience de la Sécurité sociale et de son déficit. Encore financé à 90% par les cotisations et dont le CA est composé de représentants des cotisants qui ont le pouvoir de gestion du budget et des investissements.
En réalité assécher le modèle pour créer du déficit permet d’ouvrir de nouveau marché au secteur privé, le public est toujours la vache à lait du privé, et représente une manne intéressante pour l’État.
Ex. 9 milliards de recettes par an avec la taxe sur les mutuelles privées.

Nº3 : LE SYSTÈME DE LA SÉCU EST TROP GÉNÉREUX !
« La France est trop généreuse en matière de protection sociale, les gens ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de vivre dans un état cryptocommuniste. «
» La France est championne en matière de dépense sociale ! 10% des dépenses sociales mondiales. » (Selon E. Zemmour)
Environ 650 milliards soit 15% des 4500 milliards mondiaux. Il s’agit en réalité d’un détournement politique d’un chiffre qui ne veut rien dire car:
- Cela revient à compter des carottes avec des poireaux car ne veut rien dire en PPA et en fonction des zones géographiques, du niveau de développement des pays et du réseau de soins et d’infrastructures. En effet la distinction parfois complexe entre financement public et privé et des disparités entre les système de soins encore une fois de nature privé et public qui coexistent. Un tel chiffre avancé sans réelle analyse et calculé en dollars constants conduit donc à des erreurs d’appréciation éloignées de la réalité car = 100 dollars d’aides sociales n’offrent pas le même niveau de couverture en Suisse et au Malawi.
- La France représente 5% des dépenses de Santé de l’OCDE (8% en 2019). Un chiffre en baisse à mesure que les systèmes de SS s’étendent à de nouveaux pays avec des programmes bine plus consistants qu’auparavant notamment en Chine (rapport de l’OIT 2021) = Le poids de la France dans les dépenses publiques mondiales.
- La France est en effet au 1er rang européen en matière de dépenses publiques avec 31 % PIB ( la moyenne des pays développés étant de 20% et pour prendre quelques exemples dont nous ne sommes pas si éloignés; Finlande, 29.1, Belgique 29%, Danemark 28%) . Mais en termes de montant de dépenses de protection sociale par personne, la France passe au 7e rang européen avec la Suède, après le Luxembourg, l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Finlande, du fait que ces pays ont un PIB par habitant élevé.
- Ce poids ne renseigne pas tant sur la politique française en la matière, plutôt stable (entre 30 et 35 % de son PIB alloué à la protection sociale depuis 15 ans) que sur le niveau tardif et fragile du développement des systèmes d’assurances sociales au niveau planétaire et particulièrement dans les pays pauvres (83.9% de a population européenne bénéficiaire d’au moins d’une forme de protection sociale ne 2020 contre 17.4 % en Afrique).
Quand le budget de l’armée vient de dépasser celui de l’éducation, il est temps d’interroger les priorités politiques de ceux qui nous gouvernent actuellement derrière les discours efficacité budgétaire censés permettre de « sauvegarder notre modèle ».

Nº4 : LA SÉCU FABRIQUE DES ASSISTÉ.ES !
« L’assistanat ça suffit ! »
« Il y a trop d’abus de prestations sociales »

Taux de non recours :
Taux moyen entre 30 et 40 % pour l’ensemble des prestations sociales. En 2018 la DREES estimait que le taux de non-recours entrainait un non versement de droits de + de 3 milliards d’€ pour le RSA et d’1 milliards pour le minimum vieillesse.
Quelques chiffres édifiants : [1]
39 % Prime d’activité,
Assurance chômage 30%,
Complémentaire santé solidaire 31% version gratuite
et 66% version payante (fonction d’un plafond de revenus);
AAH 61%
Au cœur de ce renoncement :
Manque d’information, fracture numérique et donc difficulté et complexité des démarches administrative (12 millions de personnes en situation d’illectronisme), crainte des conséquences négatives (contrôle, perte de droits).
La sécurité sociale fonctionne comme un formidable outil de redistribution sociale des richesses. Il faut songer à d’autres financement à l’heure du capitalisme financiarisé et spéculatif qui ne produit plus de richesse et des formidables inégalité de patrimoine construites sur le captage de la plus-value du travail.
80 milliards d’ € annuels d’exonérations de cotisations sur les bas salaires (double des dépenses d’allocations chômage) sans contreparties instauré suite à l’abandon du CICE (gabégie d’argent public à 200 000 € par emploi créé soit 4 fois le coût annuel moyen d’un emploi) suite au constat de son échec en terme de croissance et d’emploi ! Un dispositif qui a répondu dans les années 90 à un besoin de création d’emplois pour une main d’œuvre peu qualifié face à un chômage important, mais qui a aujourd’hui de nombreux effets négatifs, et dont l’efficacité en terme de création d’emploi aujourd’hui sont plus que discutés.
En effet il s’applique aujourd’hui à 75% du salariat (jusqu’à 1.2 SMIC l’exonération est totale et dégressive jusqu’à 3 SMIC) et crée ainsi des « trappes à bas salaire » dénoncées par la CGT. Cela encourage les effets d’aubaine dans la mesure où ces exonérations profitent en grande partie à des secteurs qui ne sont pas exposés à la concurrence internationale (activité administratives et de soutien, construction, restauration).
Ayant en outre un effet négatif sur l’économie là où un pays développé comme la France ne peut pas réduire sa compétitivité à la compétitivité-prix (son dynamisme serait porté par un coût du travail bas ) et doit appuyer son développement et sa prospérité économique sur la compétitivité hors prix : innovation, qualité, produits et services de haut niveau technologique et image de marque.
Un rapport commandé par E. Borne en 2023 pointe lui-même une inflexion nécessaire concernant cette politique de réduction du coût du travail dont les effets ne sont pas du tout aux attendus (Antoine Bozio et Étienne Wassmer) !
Où est l’assistanat ?! Les grandes entreprises se gaveraient elles d’argent public et de la richesse crée par le travail ?… Voir les chiffres des superprofits des entreprises du CAC40 !!!

Proposition : il faut conditionner et cibler ces aides pour prévenir tout effet d’aubaine et les réserver aux entreprises qui en ont besoin. Les conditionner à des relocalisation ou des critères sociaux et environnementaux.
En part de PIB consacré à la protection sociale, la France se situe effectivement au premier rang européen avec un taux de 32,1 %. Mais en termes de montant de dépenses de protection sociale par personne, la France passe au 7e rang européen avec la Suède, après le Luxembourg, l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Finlande, du fait que ces pays ont un PIB par habitant élevé. Par ailleurs, les dépenses de protection sociale recouvrent bien plus que la lutte contre la pauvreté : la santé, la vieillesse, la famille, l’emploi et le logement, dont tout le monde bénéficie.
Par ailleurs la France est dans la moyenne européenne concernant les minimas sociaux. Les gens qui croient le plus dans la générosité des minima sociaux sont ceux qui en connaissent le moins bien les montants : en 2018, le montant moyen des minima sociaux avec allocation logement pour un couple sans enfant équivaut en France à 39 % du revenu médian; 46 % au Royaume-Uni ; 49 % en Allemagne ; 35 % en moyenne dans l’Union européenne et 36 % en moyenne dans l’OCDE. Parmi les pays européens ayant mis en place un revenu minimum garanti (25 sur 27), la France se classe dans la moyenne (12e sur 25) quant à la générosité relative du dispositif.
Nº5 : LES ETRANGERS VIENNENT EN FRANCE POUR PROFITER DU SYSTÈME SOCIAL.
« Les étrangers viennent se faire soigner en France gratuitement et mettent notre modèle en péril ! «
Une carence de 3 mois s’applique à toute personne entrant sur le territoire excepté pour les soins vitaux urgents et les accouchements et pour les gens qui ont un contrat de travail (pas de carence pour les salariés qui doivent être assurées immédiatement notamment pour les risques professionnels).
1 personne sur 2 seulement parmi les personnes en situation irrégulière est couverte par l’AME et son budget représente en réalité 0.5% des dépenses de la sécurité sociale.
Si nous ne soignons pas les personnes présentes sur le territoire cela peut favoriser des foyers épidémiques de maladies infectieuses graves qui mettent en danger toute la population.
Nº6 : SÉCU = IMPÔTS !
« La Sécurité sociale et les impôts c’est la même chose. Et ça n’est plus un trou dans les finances publiques, c’est un vrai gruyère »
À chaque réforme des retraites, le gouvernement et les médias délimitent un cadre de discussion qui laisse dans l’ombre l’enjeu le plus décisif. Le système créé en 1946 donnait en effet aux salariés eux-mêmes, et non pas aux entreprises ou à l’État, la direction des caisses de la « Sécu ». Depuis, une volonté a animé les réformateurs de tout poil: reprendre ce pouvoir…
Une date clé dans cette bataille depuis 80 ans : L’instauration des LFSS en 1996 (Plan Juppé) = Le cœur de la question est donc celle du pouvoir de décision = aux travailleurs qui cotisent ou à l’Etat ? Et rétablir la vérité sur le discours officiel sur la SS qui est le fruit d’un intense conflit social et économique entre les travailleurs, l’État, les patrons et les organismes privés du secteur de l’assurance sociale.
Il faut avoir à l’esprit qu’en réalité le système d’assurance social est bien antérieure à la Sécurité sociale de 1946 ; propre à une corporation, privé, géré par l’employeur ou étatique il existait de nombreux régimes non unifiés depuis longtemps… Ce qui change vraiment en 1946, c’est la conquête du pouvoir par les travailleurs eux-mêmes et leur organisation à travers un système généralisé à l’ensemble de la classe ouvrière. Au cœur de ce système : la récupération par les travailleurs des richesses produites par leur travail captée par les capitalistes et un vaste projet de redistribution des richesses !

Depuis le financement de la Sécurité sociale a basculé d’une proportion où la cotisation était majoritaire (encore 78% en 1990 à 56% en 2024) à un financement par l’impôt (TVA, CSG, CRDS et ITAF*) et un passage pour le vote du budget par le parlement depuis 1996. En effet, l’implication de l’Etat dans la gestion de la Sécurité sociale s’est renforcée avec la révision constitutionnelle de 1996 qui prévoit le vote annuel d’une LFSS (Loi de Financement de la Sécurité Sociale). Ces lois de financement visent officiellement la « maitrise des dépenses « . En réalité cela a des conséquences politique très importantes au service du projet libéral qui est de faire main basse sur la sécurité sociale et de retirer leur pouvoir de décision et de captation de la richesse produite par leur activité aux travailleurs.
C’est l’Étatisation de la sécurité sociale qui est en jeu et donc une confiscation du pouvoir dans le projet de démocratie et d’auto-gestion ouvrière et populaire initial qu’est la sécurité sociale. Celle ci n’a cessé d’être attaqué par les gouvernements libéraux.
[2] [3]
Nº7 : IL FAUT RÉFORMER LA SÉCU !
« La Sécurité sociale aujourd’hui doit être reformée, ce modèle est intenable ».
En réalité le discours existe depuis son origine. La Sécurité sociale est née dans un pays en ruine où le ticket de rationnement avait encore cours… Et avec 80 ans de recul, cela n’a pas fait sombrer la France économiquement, bien au contraire cela a accompagné un vaste mouvement de reconstruction et d’augmentation de la richesse et du PIB.
Ce n’est pas un problème de dépense (elle n’augmente pas malgré l’augmentation de la masse salariale) mais un problème de recettes : cadeaux fiscaux, faible imposition sur les patrimoines et la capital, sur la valeur ajoutée, TVA qui n’est pas un impôt progressif pesant proportionnellement bien plus sur les ménages modestes que sur les autres catégories sociales, exonérations de cotisations patronales créant un déficit qui n’existait pas (voir proposition OXFAM).
Depuis sa création en 1946 les classes laborieuses ont gagné jusqu’à 20 ans d’espérance de vie. Il existe encore une espérance de vie très inégale en fonction de la catégorie socio-professionnelles…
Il faut songer à de nouvelles sources de financement adaptées aux grandes mutations actuelle du monde du travail (automatisation, capital financiarisé de plus en plus déconnecté de la production réelle, revenus du patrimoine qui assèchent l’économie réelle…)
[4]
Nº8 : LA SÉCU, JE LA FINANCE POUR QUE D’AUTRES EN PROFITENT !
« La Sécurité sociale c’est les allocs et les médocs, elle ne fait rien pour moi. »
« Ce sont toujours les mêmes qui paient et les mêmes qui profitent du système. »
Le régime général concerne les salariés du secteur privé. Il couvre 88% de la population française. Le régime général comprend 6 branches autonomes : une branche par risque.
On retrouve une organisation à plusieurs niveaux : national, régional et local.
- La particularité de la branche « risques professionnels » : elle est autonome financièrement mais rattachée administrativement à la branche maladie. Elle gère le système légal d’assurance des dommages corporels : accidents de travail, de trajet, maladies professionnelles.
- La branche maladie couvre les risques maladie, maternité, invalidité et décès.
- La branche retraite assure la gestion et le versement des retraites, ainsi que l’accompagnement des assurés retraités.
- La branche famille gère et verse les prestations familiales, les prestations logement et les prestations sociales.
- La branche autonomie couvre le risque dépendance et perte d’autonomie.
- Le réseau des URSSAF assure une gestion centralisée de la trésorerie de chacune des branches (en charge de la collecte des cotisations).

La Sécurité sociale est donc présente a tous les âges de la vie et pour toutes les catégories socio-économiques. Notamment les travailleurs indépendants (depuis la disparition du RSI en 2018 incorporés au Régime Général) qui méconnaissent souvent leurs droits aux congés maladie et maternité ou les dispositifs de soutien en cas de difficulté dans leur activité mis en œuvre par les URSSAF.
La Sécurité sociale a une importance économique capitale et ne se limite pas au financement des aides sociales et des médicaments. Elle organise la production du soin et est donc par son budget et son rôle au cœur de choix politique fondamentaux = Financer l’hôpital public ou les cliniques qui fonctionnent sur une prise en charge globale et sans dépassement d’honoraires ou la médecine libérale à dépassement d’honoraires non maitrisés qui individualise et augmente les inégalités dans le parcours de soins ?
Parallèlement on estime à 20 000 le nombre de décès liés à de mauvaise prescriptions (notamment de médicament inutiles ou à outrance…) et 1,4 milliards par an les prescriptions inutile et l’absence de conditionnement approprié ou de filières de recyclage (diagnostic effectué par un collectif d’infirmiers libéraux « Balance ton gaspi »).
Il s’agit d’éviter le financement des grands groupes pharmaceutiques par l’intermédiaire de la médecine libérale (Industrie pharmaceutique + de 1000 milliards de CA (une industrie parmi la plus rentable au monde et en progression constante).
Proposition : Créer un pôle public du médicament géré par la sécurité sociale.
Nº9 : LA SSA EST UNE UTOPIE !
« La Sécurité sociale de l’alimentation c’est une utopie, encore une charge supplémentaire, ses partisans veulent vraiment couler ce pays! »
Quand le diabète et les cancers sont des pathologies chroniques endémiques du XXIe, véritable bombes sanitaire qui coûtent en espérance de vie, et au modèle social dans son ensemble. L’accès à une alimentation de qualité, plus chère et géographiquement inégalement répartie sur le territoire représente en outre un fort enjeux d’égalité entre les classes sociales.
Développer un autre modèle qui limiterait ou supprimerait la consommation de produits transformés bourrés de sucre et d’additif, d’une alimentation industrielle contaminée aux pesticides, présente donc de nombreux aspects vertueux y compris sur le plan économique; une population en meilleure santé un allègement des dépenses de SS dans la branche du soin et au final une économie plus dynamique. La chronicité des pathologies est une formidable manne pour l’industrie pharmaceutique. Que dire de Bayer qui symbolise ce cercle vicieux, produisant à la fois des engrais et des pesticides et des médicaments ?
Proposition : La sécurité sociale de l’alimentation qui permet d’organiser la production afin de casser le circuit des profits industriels entre ceux de l’agro-alimentaire qui alimentent les industries pharmaceutique.

LE BINGO DES LIBÉRAUX : RÈGLES DU JEU
MATÉRIEL POUR JOUER
- 2 dés (un vert et un rouge),
- 1 plateau de jeu format A4 à télécharger ici et à imprimer.
La grille de Bingo est numérotée de 1 à 6 verticalement en rouge et de même horizontalement en vert. 18 des 36 cases de la grille permettent de choisir une des 9 idées reçues à déconstruire.
Le QR-Code permet d’accéder à la présente page et trouver tous les argumentaires et données pour déconstruction les idées reçues que nous avons sur la sécurité sociale.
DÉROULEMENT DU JEU :
Pour jouer, seul, à plusieurs ou en équipe :
- Tirer les dés chacun son tour : la combinaison de nombres tirée correspond à une case sur la grille.
- Quand une case « bingo » est tirée au sort, le joueur ou l’équipe choisit une idée reçue à déconstruire : il ou elle doit alors trouver les arguments qui permettent de lutter contre l’idée reçue en question.
- Validation (ou pas) du point : Les autres joueurs lisent l’argumentaire correspondant et valident ou pas les arguments avancés afin d’accorder ou pas le point.
- Chaque joueur ou équipe gagne un point à chaque fois qu’il ou elle réussit à déconstruire une idée reçue.
- Quand une case « personne politique » est tirée au sort, soit le joueur ou l’équipe passe son tour au suivant, soit il ou elle essaye de déviner ce que cette personne a dit ou fait contribuant à la destruction de la sécurité sociale.
- Si vous devinez juste, cela donne droit à un point bonus.
- Le vainqueur est le joueur ou l’équipe qui a déconstruit le plus d’idées reçues.
ASTUCES :
- Si vous n’avez pas de dés rouge et verts, tirez le dé en deux temps, le premier tir indiquant la colonne (la verticale), le deuxième tir indiquant la rangée (l’horizontale).
- Si il ou elle n’arrive pas à élaborer les arguments qui permettent de déconstruire les idées reçues sur la sécurité sociale, les autres joueurs et équipes (ceux qui n’ont pas lu l’argumentaire) peuvent s’y essayer, et gagner le point.

QU’ONT-ILS ET ELLES DIT OU FAIT QUI A CONTRIBUE A DETRUIRE LE SYSTEME DE SECURITE SOCIALE ?

André MORICE (1900-1990)
Depuis les lois du 19 mars 1947 (dite loi Morice) et du 9 avril 1947, la possibilité est offerte aux mutuelles de gérer la part obligatoire des prestations d’assurance maladie servies par le régime général aux salariés et aux fonctionnaires.
Les mutuelles sont autorisées à constituer des sections locales de sécurité sociale.
L’Etat bloque le montant des cotisations sociales dans le but d’accroitre le déficit et d’en faire porter la responsabilité à la gestion ouvrière.
Jean-Marcel JEANNENEY (1910-2010)
1967 – Quatre ordonnances réorganisent le régime général de la Sécurité sociale. Cette réforme dite Jeanneney (du nom du ministre des Affaires sociales de l’époque) assure la séparation financière des risques dans trois branches distinctes (santé, vieillesse, famille).

Cette séparation financière est consacrée, au plan institutionnel, par la création de trois caisses nationales, la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), la Caisse nationale d’assurance vieillesse des travailleurs salariés (CNAVTS), la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF). La gestion de la trésorerie des différentes branches est confiée à l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS).
- Alors que les caisses sont gérées par 75% de salariés et 25% de patrons, les ordonnances Jeanneney impose le paritarisme entre salariat et patronat (50/50).
- Les élections des représentants disparaissent : ils sont désormais nommés par l’Etat.
- La solidarité financière entre les différentes branches est rompue.

Michel ROCARD (1930-2016)
Le 1er février 1991 entre en vigueur la plus importante réforme du financement de la Sécurité sociale mise en œuvre au cours des 70 dernières années. La CSG est créée au taux de 1,3 % le 1er février 1991 par Michel Rocard, considéré comme le père de la CSG.
Dès le début des années quatre-vingt, l’idée d’étendre l’assiette des cotisations à tous les revenus disponibles – et non aux seuls revenus du travail – est lancée. C’est le cas dans les travaux de préparation du IXe plan, et surtout dans le rapport des sages des états généraux de 1986.
La CSG est votée à l’automne 1990 dans le cadre de la loi de finances. Ce support législatif marque la nature de la CSG, comme étant une « imposition de toute nature ». La CSG est donc un impôt, c’est en tout cas ce qu’en a jugé le Conseil constitutionnel.
Nicolas SARKOZY (1955-)
La réforme Balladur des retraites de 1993, menée par le gouvernement Balladur dont Nicolas Sarkozy est le ministre chargé du Budget, consiste principalement à :

- allonger la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein ou sans décote ;
- augmenter le nombre des « meilleures années » prises pour calculer le montant de la pension.
Elle est complétée par la loi du 21 août 2003 portant réforme des retraites.

Alain JUPPE (1945-)
Annonce le 15 novembre du Plan Juppé qui instaure :
- le principe d’une loi de financement de la Sécurité sociale annuelle (réforme constitutionnelle de février 1996),
- la mise en place des conventions d’objectifs et de gestion (Cog) entre l’Etat et chacune des branches et régimes de la Sécurité sociale.
François FILLON (1954-)
La loi du 21 août 2003 portant réforme des retraites, dite loi Fillon sur les retraites, conduite en 2003 par François Fillon (alors ministre des Affaires sociales), étend la réforme Balladur des retraites de 1993 à la fonction publique,

mais ne concerne que les retraites portant sur la part des revenus inférieurs au plafond de la Sécurité sociale (la « tranche A ») soit 3 086 € mensuels en 2013.
Ses principales dispositions incluent :
- un allongement de la durée de cotisation,
- des incitations à l’activité des seniors,
- la mise en place d’un système de retraite par capitalisation individuel, le PERP, à l’image de ce que prévoient la plupart des systèmes de retraite en Europe.

Eric WOERTH (1956-)
Ministre du Budget et des Comptes publics, Éric Woerth a été désigné «chef de file» de la lutte contre la fraude par Nicolas Sarkozy. «Pour lutter contre la fraude, il faut des moyens juridiques et des possibilités de croiser les fichers», souligne Éric Woerth.
2008 – Pour lutter contre les fraudes à la Sécurité sociale, il met en œuvre des moyens juridiques et des possibilités de croiser les fichiers. [Source : journal Le Figaro]

SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES :
[1] Franck Bessis, La création de la Prime d’activité ou la politique des petits chiffrages, 2023/2, in Revue française de socio économie, Nº31, pp, 195-214, https://doi.org/10.3917/rfse.031.0195
[2] Nicolas Da Silva, « Novembre-décembre 1995, qu’en reste-t-il : quand les ordonnances Juppé démantelaient la Sécurité sociale », in Le Monde diplomatique, février 2023, pp. 18-19.
[3] Nicolas Da Silva, La Bataille de la Sécu, Une histoire du système de santé, La Fabrique éditions, 2022, Paris.
[4] Daniel Susskind, Un monde sans travail. Comment les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle reconfigurent le marché du travail, traduit de l’anglais par Céline Alexandre, Paris, Flammarion, 2023
POUR APPROFONDIR :
- Revue Alternatives économiques.
- Blast, émission Long Format, « Qui veut la peau de la Sécurité sociale ? » :
- Arte, émission Les Idées Larges, « La Sécurité sociale a-t-elle besoin d’être sauvée ? », entretien avec Nicolas Da Silva :
- Le Média, émission L’entretien Actu, « De De Gaulle à Macron : sécurité sociale, histoire d’un sabotage », entretien avec Bernard Friot (2021) :
* LEXIQUE :
ITAF : Taxe et impôts divers dont ceux sur les produits nocifs (tabac, jeux d’argent, alcool)
Participations forfaitaires et Franchises : Prélèvements forfaitaires appliqués sur tous les actes médicaux et paramédicaux ainsi que sur toutes les boites de médicament reçus par un assuré. Instaurées entre 2005 et 2008, leur montant a doublé au printemps 2025 et le gouvernement a évoqué une possible nouvelle augmentation